PARTICULES EN MOUVEMENT ET MON DEMENAGEMENT EN PARTICULIER

Marseille, le 10 mars 2019
Je n’ai pas écrit sur le blog depuis décembre! Je suis tombée dans une faille spatio-temporelle. Quand j’observe le déroulement des événements dans ma vie, je me rends compte que des pistes ont été dégagées au coupe-coupe depuis l’été dernier. Pourquoi utiliser la voix passive? Je reformule. J’ai dégagé des pistes au coupe-coupe depuis l’été dernier. Je n’œuvre pas à l’aide d’une carte satellite détaillée pour me donner une idée d’un possible tracé des pistes. Dans mon entourage on m’a fait la remarque juste selon laquelle je ne me projetais pas suffisamment. Il est vrai que les coups de machette, je les ai distribuées les pieds dans la boue et pas la tête dans le ciel. Force est d’ailleurs de constater que nos entourages projettent beaucoup de choses sur nous. Et même si l’élan vient du cœur, les conseils et recommandations que l’on nous prodigue peuvent nous faire tourner en rond sur nous-mêmes ou nous figer dans l’immobilité relative d’une orbite géostationnaire.
Ce serait toutefois ne pas avoir les yeux en face des trous que de dévaloriser la place importante du lien social et amical dans mon défrichage de sentier. Paradoxe ou pas, cela s’est fait par une prise de recul avec les réseaux sociaux. J’ai arrêté de nourrir le monstre (et d’imaginer qu’il me le rendrait). J’ai contacté directement des gens de mon entourage plus ou moins proche pour leur demander de l’aide. Et vous savez quoi? Ils m’ont offert plus encore.

Ils m’ont offert leur écoute.

Dans un environnement où les névroses sont légion et l’instant un despote, un hamster qui descend de sa roue pour vous écouter, est un héros. Note : on est TOUS un hamster héroïque en puissance, faut juste actionner le frein sur la roue. Lorsque je leur ai expliqué mon besoin de me frayer des sentiers plus praticables, en m’écoutant, ces personnes m’ont laissé de la place et m’ont en même temps permis de dégager un espace intérieur dans lequel je pouvais moi-même descendre de ma roue et m’écouter. Je présente mes excuses à ceux que j’ai perdus avec mes hamsters dans des univers parallèles et mes roues gigognes. En bref, on peut dire que je témoigne ici des puissants effets de l’empathie. S’en sont suivis des appels téléphoniques ou échanges d’emails, prétextes à mises en relation directe, des poignées de mains, des discussions. Ne vous attendez pas pour autant à une « happy ending ». C’est l’autre point important de mon propos. Ces rencontres, c’est beaucoup de mouvement entre Marseille et Paris, c’est comme une onde péristaltique. Une mise en branle du tube digestif. une digestion opère. il nous faut 4 à 5h pour digérer un repas et commencer a le métaboliser. Je ne saurais vous donner de chiffre quand il s’agit d’une tranche de vie. A mes yeux ça ne semble d’ailleurs pas important, quitter la station géostationnaire l’est.
Le décrochage de la base a été rendu possible par les marques d’amitié incroyables qui ont changé mes perspectives extérieures et intérieures et ça s’est poursuivi avec une nouvelle donne professionnelle et un changement de lieu de vie. Un déménagement inopiné s’est fait au mois de février. Pourquoi encore la voix passive? Des amis m’ont aidé à déménager et emménager dans un nouveau chez moi. Voix active. Je vous passe les détails fastidieux, je ne retiens que cela, que depuis plusieurs semaines tout se fait à la vitesse de la lumière. C’est mon troisième déménagement en 3 ans. A croire que j’ai troqué le coupe-coupe pour le lance-flamme. « Om namah shivaya! ». C’est sûr, j’en ai encore perdu quelques-uns en route après le blabla en sanskrit, je précise qu’il s’agit d’un hommage rendu au dieu Shiva du panthéon Hindou. J’avais écrit un billet d’humeur concernant la sainte trinité Hindoue (magazine Esprit yoga janvier-fevrier 2016), ça peut aider à fixer les idées sur la portée symbolique du dieu destructeur en question.
Toujours en rapport avec Shiva et l’accélération en particulier, un clin d’œil alors que je réfléchissais à l’écriture de ce post. Passe sur mes écrans un article du 7 mars 2018 publié sur le site www.detechter.com . On y parle du laboratoire européen pour la physique des particules, couramment désigné sous l’acronyme CERN : Conseil européen pour la recherche nucléaire. C’est en Suisse, dans ce laboratoire, que se trouve le plus grand accélérateur de particules du monde. L’objectif premier d’un accélérateur est de communiquer de l’énergie à des particules et de provoquer des collisions afin d’étudier leurs natures et leurs propriétés. C’est l’étude des constituants élémentaires de la matière, le terrain de jeu des physiciens. Une pseudo-geek sommeille en moi. Maintenant vous savez.

 

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Dans la cour du campus du CERN trône une statue de Shiva Nataraja, cette représentation du dieu Shiva exécutant la danse cosmique. C’est un cadeau du gouvernement Indien au centre de recherche pour marquer la coopération scientifique du CERN avec l’Inde.

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Un physicien, Fritjof Capra, parle du rapport de Shiva à la physique quantique en ces termes : « La danse de Shiva symbolise la source de tout ce qui existe. En même temps Shiva nous rappelle que les formes dans l’univers ne sont pas fondamentales, mais illusoires et inconstantes. La physique moderne a prouvé que le rythme de création et de destruction ne se manifeste pas seulement dans le cycle des saisons ou dans la naissance et la mort des créatures vivantes, mais également au coeur même de la matière inorganique. (…) Selon la théorie des champs quantiques, la danse de la création et de la destruction est à la base de l’existence de la matière. La physique moderne nous a ainsi révélé que chaque particule subatomique exécute une danse énergétique mais constitue aussi une danse énergétique, un processus de pulsation de création-destruction. » Un autre physicien du CERN ajoute : « A la lumière du jour, Shiva est joueur, il nous rappelle que l’univers secoue sans arrêt les choses, qu’il se recrée perpétuellement, qu’il n’est jamais statique. Mais quand la nuit vient, quand on prend du recul sur les grandes questions, l’ombre de Shiva plane sur notre travail. Shiva nous rappelle que nous ne connaissons pas les réponses aux grands mystères dont regorge de l’univers et qu’à chaque fois que nous faisons entrer en collision des faisceaux de particules, nous devons considérer l’équilibre de l’équation cosmique. »
Fin 2018, début 2019, mon hamster totem est sans nul doute en plein breakdance endiablé dans sa roue cosmique. Le pourquoi de cette accélération demeure un mystère. Tout ce que je sais, c’est que j’évolue cahin-caha dans cette accélération, nimbée d’un nuage d’électrons libres qui répondent présents sans hésitation que ce soit pour un conseil, un verre ou une pose d’étagères. Merci à eux.

 

 

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« La science n’engendre pas la sagesse. Elle a montré qu’elle pouvait agir sur le monde mais seules les qualités humaines peuvent guider le monde. Or ces qualités humaines ne peuvent naître que d’une « science de l’esprit », ou ce que nous appellerons spiritualité. Une telle spiritualité n’est pas un luxe mais une nécessité.  » – L’infini dans la paume de main de Mathieu Ricard & Trinh Xuan Thuan

UN 22 DECEMBRE

Marseille, la veille du solstice d’hiver 2018

 

C’est fou ce qu’on est prévisibles. Le solstice d’hiver est là et on étend aux fils des réseaux sociaux les slogans soi-disant inspirants qui vont avec : « la lumière renaît, enfin! » On est tellement englués dans notre vision manichéenne de la vie qu’on réclame à corps et à cri la lumière et qu’on l’oppose sans se poser de questions à l’obscurantisme.

 
Posons-nous des questions. La nature est amorale. Elle se fiche pas mal de notre peur du noir, autant qu’elle se fiche de notre aveuglement pour toujours plus de lumière. Elle est complètement étrangère à nos constructions de ce qui est bien ou mal. Les contraires n’existent pas pour nous plaire, ni nous compliquer la tâche. Dans les disciplines comme  le yoga, les contraires se nourrissent l’un de l’autre. L’un ne peut exister sans l’autre. L’expiration sans l’inspiration, l’inspiration sans l’expiration. L’ancrage sans l’élévation, l’élévation sans l’ancrage. L’expansion sans la contraction, la contraction sans l’expansion.

 
L’éloge de l’ombre. C’est le titre d’un livre captivant de Junichirô Tanizaki (1978). Lisez-le. L’ombre y est comprise comme le terrain de jeu de la poésie et du non-dit. L’ombre comme la manifestation sensible et imprévisible du non manifesté. L’ombre comme une expérience esthétique de soi sans enjeu de forme. L’ombre comme un espace au temps infiniment long. L’ombre comme une permission. S’autoriser la pudeur afin d’être au monde en entier. L’ombre comme l’écrin de la lumière.

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En espérant que mes mots seront fertiles dans l’obscurité de l’une des nuits les plus longues de l’année, un 22 décembre 2018, une nuit de solstice d’hiver qui aura l’audace de se parer d’une pleine lune. Quelle impertinente!

Namasté

ORNIERES KARMIQUES – BOUDDHA ET LES GILETS JAUNES

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Marseille, mercredi 5 décembre 2018

Ce matin. Une de ces coïncidences qui n’en sont pas. Sur le compte facebook fascinant de Stephen Ellcock, je tombe sur cette image des empreintes sculptées des pieds de Bouddha. Observez le détail sur les talons, le centre du pied et chacune des phalanges des orteils. Ce ne sera pas sans faire tilt auprès de ceux qui me côtoient au yoga (inside joke : les petites têtes de tortue 🐢, entre autre).

Bon, on est d’accord, Bouddha c’est l’un des ‘badasses’ du développement personnel. Dans son cas, ce n’est plus du développement mais de l’accomplissement. Nous, on va rester plus humbles et continuer d’explorer les microcosmes que nous sommes.

La légende dit que Bouddha a connu sa révélation spirituelle en méditant au pied d’un arbre. Je me dis qu’en plus d’être une anecdote, ça se veut aussi peut-être être une métaphore. On ne peut pas se grandir sans une présence et un engagement à l’égard de la terre. La métaphore serait convenue et évidente? Pourquoi alors ne le vivons-nous pas?

Hier soir, j’ai suivi plusieurs débats concernant les mouvements de manifestation des gilets jaunes qui se déroulent en France depuis quelques semaines. Les invités étaient d’horizons divers : des politiques, des analystes, des journalistes, des manifestants. Hormis les considérations de gouvernance, je retiens de ce que j’ai entendu le détachement du monde rural (et donc de la terre), la privation de mobilité et la dislocation de notre corps social.

Si on décrivait une personne de la sorte, on pourrait parler d’un muladhara chakra défaillant. Le socle psycho-énergétique racine n’est pas en mesure de jouer son rôle vital de fondation et d’alimentation. La marche d’appui de développement de soi est bancale et dangereuse. La personne n’a plus pied, perd confiance. Les élans viscéraux prennent le pas : peur, colère, violence. Or hier soir, on ne parlait pas d’une personne en particulier, on parlait d’un ensemble de personnes, on parlait de l’organisme que nous constituons, on parlait d’un ‘nous’ qui n’avait pas la même signification dans la bouche des uns et des autres, le ‘nous’ des uns étranger au ‘nous’ des autres, on parlait de notre société.

Pendant les échanges télévisés, le reproche de l’héritage d’un laisser-faire politique a été fait. Les empreintes qu’ont laissées les gouvernants précédents sur le chemin qui nous mène à aujourd’hui s’apparentent plus à des fossés qu’autre chose. On ne cultive rien dans les ornières. Au mieux, avec un tout-terrain, on roule dessus, en y creusant des ornières plus profondes encore ; au pire, avec un véhicule moins performant, on s’y embourbe, on y panique, on s’y énerve, on s’y épuise, on y sombre.

Ce n’est sans doute pas une coïncidence non plus que les manifestations pour le climat ou celles contre la violence faite aux femmes ou encore celles contre le mal-logement à Marseille prennent de l’ampleur et que leurs voix se mêlent aux colères d’ordre social. La racine est bien commune. On parle de terre, d’organisation de la vie et d’évolution humaine.