UN ÉLÉPHANT, ÇA TROMPE?

Quatre aveugles s’assemblèrent un jour pour examiner un éléphant. Le premier toucha la jambe de l’animal et dit : « L’éléphant est comme un pilier. » Le second palpa la trompe et dit : « L’éléphant est comme une massue. » Le troisième aveugle tâta le ventre et déclara : « L’éléphant est comme une grosse jarre. » Le quatrième enfin, fit bouger une oreille de l’animal et dit à son tour : « L’éléphant est comme un grand van. » Puis ils se mirent à se disputer sur le sujet. Un passant leur demanda la raison de leur querelle ; ils la lui exposèrent et le prirent comme arbitre. L’homme déclara : « Aucun de vous n’a bien vu l’éléphant. Il n’a pas l’air d’un pilier, mais ses jambes sont des piliers ; il n’a pas l’air d’un van, mais ses oreilles y ressemblent, il n’a pas l’aspect d’une jarre, c’est son ventre qui en est une. Il n’est pas une massue, c’est sa trompe qui est semblable à une massue. L’éléphant est une combinaison de tout cela : jambes, oreilles, trompe et ventre. » Ainsi se querellent ceux qui n’ont vu que l’un des aspects de la Divinité.

Ramakrishna

Gaja Shastra, traité sur les éléphants.

Ce conte a rapport aux dogmes religieux mais il est finalement très universel. Ne nous enfermons pas dans nos certitudes!

TOU-TOUTE PREMIÈRE FOIS … QUE J’AI FAIT DU YOGA

Ceux qui pratiquent se rappellent nécessairement leur première(s) expérience(s) et beaucoup d’entre vous doivent se demander ce que ça fait la première fois qu’on s’essaye au yoga. On lit une multitude de choses sur les différents styles, les nouveaux yogas à essayer « d’urgence », et d’innombrables articles, style bancs d’essai, pour vous dire ce qui est mieux en fonction de quoi.

De mon point de vue, toute cette littérature contribue à rendre la discipline encore plus obscure.

C’est pourquoi, je me suis mise en tête de vous proposer des témoignages sur les « tou-toutes premières fois » de personnes qui ont gentiment accepté de me confier ce qu’ils avaient vécu lors de leurs premiers cours.

Le premier de ces témoignages est … le mien.

Essai n°1 : rasoir

J’ai pris mon tout premier cours de yoga alors que j’étais en école de commerce (milieu des années 90). Un copain dans cette école avait une amie prof de yoga et il lui avait proposé de donner des cours dans les locaux de l’ESC, il a essayé de motiver un petit groupe d’étudiants. Petit groupe dont je fus. L’idée de travailler sur le souffle et le corps me plaisait assez. Je suis complètement passée à côté du cours, je me suis endormie pendant le cours puis réveillée en me demandant à quoi tout cela rimait. Je n’y suis pas retournée.

Essai n°2 : les révélations
Le deuxième essai s’est produit en Irlande en 1999 (je me rappelle l’année exacte parce qu’il y avait tout ce bazar au sujet du bug de l’an 2000). J’habitais à Dublin et après le travail je courais « to the gym » pour faire un peu d’entraînement cardiovasculaire et de musculation et quand l’occasion se présentait, je participais aux cours (spinning, aerobic, taebo, etc). Et oui je vivais les heures glorieuses du Celtic Tiger et mon style de vie de cadre à l’anglo-saxonne était trépidant : on doit être au top sur tous les plans, y compris la forme.
Un beau jour, placardée sur la porte du vestiaire, une note d’information, le centre de gym propose 6 semaines d’initiation au ashtanga vinyasa yoga, le yoga dont les stars américaines raffolent! Je m’inscris par curiosité, j’étais attirée par tout ce qui était nouveau. Après mon premier cours, j’ai deux révélations : (1) la prof est souriante, d’une douceur et en même temps d’une vitalité incroyable – pas de show-off mais une magnifique présence et un enthousiasme contagieux. Et (2) ce yoga me fait travailler les jambes, les bras, le dos, le ventre, le souffle, les muscles, les étirements, l’agilité, l’équilibre et tout ça avec le seul outil qu’est mon corps.

J’ai senti des muscles dont je ne soupçonnais pas même l’existence et je me suis simplement sentie entière! Je vous arrête tout de suite, ça ne veut pas dire que ça m’était facile, c’est même tout le contraire, mais au fil des cours, j’ai perçu des changements nets.

À l’époque j’étais fumeuse et j’ai senti très vite l’effet nettoyant de la respiration pendant les cours et au bureau on me regardait du coin de l’œil et une rumeur a couru à mon sujet. Je l’ai su le jour où une de mes managers vient me voir et me dit : « Bon, c’est évident, tu es amoureuse. Tu es en forme et tu rayonnes, dis-nous où tu l’as rencontré? Tu l’amènes au pub vendredi? … » (Notez que je travaillais dans une start-up avec des anglo-saxons, en Irlande, le pub est donc un lieu courant pour tenir les réunions de boulot!). Cette anecdote est intéressante parce que je n’étais amoureuse de personne mais j’avais trouvé une activité qui laissait émaner quelque chose d’harmonieux en moi – c’est peut-être de l’amour me direz-vous – En tout cas, voilà comment le voyage a commencé pour moi.

LE YOGA SELON ROBERT

yoga dans le Petit Robert

Je me demande encore pourquoi je n’y ai pas pensé plus tôt : regarder la définition du mot « yoga » dans mon Petit Robert (1996).

Fait notable : il y a 2 entrées, une définition didactique (emploi qui n’existe que dans la langue savante) et une définition courante (sens et emploi connus de tous). La première : « discipline traditionnelle Indienne visant à libérer l’âme de sa condition existentielle, dans l’union à l’absolu, par un ensemble de pratiques psychiques et corporelles ». La deuxième : « discipline spirituelle et corporelle basée sur des exercices de postures et de respiration. (pratiquée dans les pays occidentaux) ».

Intéressant, non? D’après Robert, il existe un yoga transcendantal en Inde et des exercices de yoga pour dompter l’esprit et le corps en Occident. Pour moi, ce distinguo est notable parce qu’il met en exergue le fait que le yoga s’inscrit et s’adapte à un contexte culturel et sociétal et que comme Desikachar le souligne dans « The heart of yoga », chaque individu a son point de départ et un objectif très personnel quand il entreprend de faire du yoga. Il y a fort à parier que la personne Indienne et la personne Française qui font du yoga auront des aspirations différentes, mais les deux s’engagent dans la voie de la transformation, c’est l’essence du yoga.

Et je remercie Robert pour nous rappeler que le yoga incorpore bien un travail corporel didactiquement ou couramment, en Inde ou ailleurs. Et si j’entends ou je lis encore des choses comme « C’est pas spirituel comme yoga » ou encore « C’est de la gym et non pas du yoga », je brandis Bob (pas l’éponge, le dico) en hurlant que le yoga c’est aussi une « discipline corporelle ».