DU YOGA PAS COMME AVANT

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Au cas où vous me liriez sans me connaitre, faisons d’abord connaissance.

Poursuivons.

Transmettre du yoga en 2017

Le ‘cours de yoga‘ est bien souvent devenu mondain ou récréatif et je reconnais qu’en soi, il a une vertu fédératrice bénéfique et nécessaire dans nos contextes de vie. Cette année, je cherche des lieux où proposer des ‘cours de yoga‘ à Marseille. Dès que je trouve, vous en aurez la primeur sur le blog.

Toutefois, je pense aussi que le ‘cours de yoga‘ a souvent perdu de son sens, celui d’exploration de soi par l’apprentissage de techniques. Dans beaucoup de cours, il y a comme une recherche permanente du ‘kiff de yoga’, une recherche du toujours plus. Plus d’assouplissement, plus de force, le tout saupoudré de citations spirituellement convenues. Et bien souvent, des gens m’ont rapporté ne pas se sentir à leur place dans certains cours.

Je constate qu’avec l’évolution de l’offre de yoga, les gens sont dépossédés de leur aptitude primordiale au yoga. L’état de yoga n’appartient ni au très souple, ni au très fort, il est à tout le monde. Le yoga ne s’enferme pas non plus dans du ‘doux’ ou du ‘dynamique’. Cette dichotomie n’existe pas en yoga. Ce sont les deux faces d’une même pièce. A la question ‘faut-il se faire violence en yoga?’, la réponse ne manquera pas de vous surprendre. Cette compartimentation des propositions de styles de yoga génère une certaine confusion sur l’objet de la discipline : rassembler toutes les facettes de notre être et aussi plus globalement sur ce que l’on est vraiment.

2017 – Revendiquer l’universalité du yoga

Parce que la pointe visible de l’iceberg, à savoir les postures de yoga, a pris une tournure de diktat esthétique et athlétique, on cultive un double malentendu. Le travail postural du yoga n’est pas une fin en soi, mais un outil. Il n’y a donc pas de posture idéale (rangeons donc les fantasmes de yoga) mais un rapport vivant, et donc changeant, au corps établi dans la posture. Et deuxièmement, il n’y a pas de postures plus nobles que d’autres. Ce serait comme dire du marteau qu’il est plus noble que le tournevis. Ils ne servent pas aux mêmes artisans, ni à la même chose.

Le mot est sorti. Artisans. Voila ce que j’aimerais que nous devenions, des artisans du yoga. Que nous choisissions avec art les outils nécessaires à l’élaboration du plus bel objet qui soit : notre vie. Afin d’être pleinement qui je suis et servir au mieux ma vie au moment t, ai-je besoin de calmer le jeu ou de me stimuler davantage? Ai-je besoin d’extraversion ou d’intériorisation? Ai-je besoin de créer en moi une dynamique de transformation ou d’ancrage? Ai-je besoin de fermer les yeux ou de focaliser instamment mon regard? Ai-je besoin de mouvement ou d’immobilité? … Les faces d’une même pièce.

2017 – La puissance d’une pratique de yoga personnelle

Pour développer cet art, il faut développer sa sensibilité, et pour développer cette sensibilité intime, il faut être face à soi-même. Cela se fait dans un contenant intelligent aussi appelé ‘pratique de yoga’. Et c’est là mon sujet de prédilection : vous apprendre à cultiver le yoga par vous-même, parce que c’est là que se réalise le véritable enseignement du yoga.

« Je ne peux pas vous apprendre de vérité spirituelle que vous ne connaissiez déjà au plus profond de vous-même. Tout ce que je peux faire, c’est vous rappeler ce que vous avez oublié. » – Eckhart Tolle

PEACE PLEASE

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J’ai reçu un email de la part de la SNCF qui me dresse un récapitulatif de mes voyages avec eux au cours de l’année. Ils me précisent le nombre de voyages que j’ai fait avec eux, l’équivalence kilométrique, les points cumulés, etc. Ils ponctuent le tout en m’écrivant qu' »une belle histoire nous relie ». Ca m’a fait penser à ces objets connectés  ou ces applications sur smartphone qui mesurent tout ce qu’ils peuvent pour nous donner des indicateurs relatifs à notre fonctionnement. Puis je me suis posée la question de savoir comment on ferait son recap yoga de l’année. Ce serait un petit jeu intéressant parce qu’il permettrait de réfléchir à ce qui ferait l’objet de la mesure. La SNCF fait des efforts pour tisser un lien affectif avec moi, mais je ne perçois pas ce recap comme tel, il me rappelle avant tout l’ampleur de mon budget voyage. Désolée la SNCF, bien essayé. En plus vous me parlez d’une ‘belle’ histoire C’est qualitatif ça. Or vous me balancez des chiffres. Ca, c’est quantitatif.

Et vous si vous faisiez votre bilan yoga de l’année. Vous l’envisageriez quantitativement ou qualitativement? Le nombre d’heures passées à faire des exercices de pranayama ou la qualité de votre expérience dans les contextes de relations tendues ; un plus grande force ou souplesse dans les asanas ou la qualité de votre relation avec un quotidien compliqué ; le nombre d’heures de méditation ou la qualité de votre écoute et de la compassion dont vous faites preuve.

Des points de vue différents. Des attentes différentes. Dans tous les cas, je vous souhaite de réfléchir au sens que vous voulez donner à tous les efforts que vous déployez dans votre démarche de yoga. Et j’espère que ce sera le sens de l’apaisement. Le monde en a besoin. La chronique de Nicole Ferroni du 14/12 concernant Alep m’a beaucoup émue, je partage cet extrait avec vous. « Peut-être un jour, la guerre sera si loin derrière l’humanité qu’on dira, un jour les hommes se tuaient, on appelait ça la guerre. »


Laurence Gay Yoga http://www.laurencegay.com

YOGA SUR LA PLANETE TERRE AVEC MOI

 

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Source : apod.nasa.gov

Sur quelle planète vit-on? Récemment, on a entendu parler d’atrocités perpétrées sur des animaux dans un abattoir du Gard. Suite à cette information révoltante, les réactions vives ont fusé sur les réseaux sociaux. Les viandards versus les mangeurs de carottes. Par le biais du fil twitter d’Ariane Grumbach, une diététicienne sage et humaniste, j’ai pu percevoir un propos moins échaudé et plus pertinent dans cette escalade de propos violents, ceux de Raphael Enthoven. Il disait que c’était erroné de mettre sur un même plan le fait de manger de la viande et de torturer les animaux , comme si le premier était la cause du second. Le problème selon lui n’est pas qu’on mange de la viande mais la manière dont on tue les animaux.

La polémique récente m’a rappelé un roman que j’avais dévoré il y a un bail : ‘Mille femmes blanches’. Une Blanche témoigne des us et coutumes de la tribu d’Amérindiens dans laquelle elle a été intégrée. Et je me souviens tout plein d’anecdotes sur les gestes du  quotidien qu’elle décrit. Elle parle entre autre de la chasse et de la cueillette de plantes et décrit les rituel auxquels se plient les chasseurs ou les membres de la tribu partis faire la cueillette. Il y est question d’invoquer l’esprit de l’animal ou de la plante, et en s’adressant à lui, de le remercier des bienfaits que la vie de l’animal ou de la plante va procurer aux membres de la tribu. La sagesse amérindienne vécue dans les gestes les plus banals s’appelle la médecine de la terre. Vous allez me dire que le temps des chasseurs-cueilleurs est révolu. Certes, mais au risque de vous paraitre candide, j’aurais aimé vivre sur une planète Amérindienne.

Sur quelle planète vit-on? Le temps des chasseurs-cueilleurs est révolu. Soit. Mais est-ce qu’il faut pour autant s’étriper sur les réseaux sociaux? Comme dans beaucoup de domaines, tout le monde veut avoir raison concernant ses choix alimentaires. La diversité et la nuance ont de moins en moins de place. Et le yoga n’échappe pas a cette tendance. Peut-on prétendre faire du yoga si on mange de la viande? Super bonne question. Je vous propose de prendre du recul, attendez-vous a être surpris parce que la réponse est plus nuancée qu’on peut le croire de prime abord.

Pour faire progresser notre réflexion, je vous retranscris ci-après le témoignage/analyse de Kate Holcombe publié dans le Yoga Journal en mars 2015. Kate Hocombe a vécu à Chennai en Inde et a étudié avec T.K.V. Desikachar.

[début de l’article]

Un jeune homme français est venu rejoindre le groupe d’étudiants pour plusieurs mois à Chennai. Quelques semaines après son arrivée sa santé s’est dégradée : perte de poids, pâleur, affaiblissement général. En constatant l’état anémié du jeune homme, Desikachar lui a demandé s’il mangeait de la viande, ce à quoi le jeune homme lui a répondu : « Non, évidemment. » Desikachar lui demande « Pourquoi évidemment? » Le jeune homme s’explique : « Parce que je veux devenir professeur de yoga. Tout le monde sait que les professeurs de yoga ne peuvent pas manger de viande. »L’opinion de ce jeune homme est représentative de celle d’une grande majorité des adeptes du yoga qui considère que la pratique du yoga prône le végétarisme. Cela repose sur le principe d’Ahimsa  (note : ahimsa se réfère au fait de ne pas blesser, de ne pas nuire, de ne pas faire de mal, aussi traduit par non-violence) qui s’inscrit dans les Yoga Sutras de Patanjali (note : un des textes de référence du yoga). Quand on dit faire du yoga, on suit un certain nombres de principes comme celui d’Ahimsa afin de vivre en conscience dans une recherche d’équilibre mental et physique.

Il y a toutefois un malentendu ici. Les Yoga Sutras n’imposent pas le végétarisme. Le malentendu a deux origines. D’une part dans une erreur d’interprétation d’Ahimsa, et d’autre part dans le fait que la première génération de professeurs de yoga aux Etats-Unis (note : on peut élargir à l’Europe) a étudié avec Sri Desikachar, Swami Satchidananda, B.K.S Iyengar ou Sri Pattabhi Jois. Pour ces maitres Indiens, le végétarisme était la norme culturelle de leur région d’origine et de la caste a laquelle ils appartiennent (Brahmanes). L’idée selon laquelle le végétarisme fait partie du yoga est née de cet amalgame. Faire du vegetarisme une conséquence du respect du principe d’Ahimsa est un raccourci erroné.

Revenons au jeune homme. Desikachar lui a demandé de considérer le mal qu’il s’inflige en ne mangeant pas de viande. Il lui explique qu’en suivant le régime végétarien Indien, il ne se se nourrit pas suffisamment. Il lui conseille de manger poisson ou poulet deux fois par jour. Desikachar n’était pour autant en train d’insinuer que tous les végétariens se faisaient du mal. Il est lui-même végétarien. Mais pour ce jeune homme en particulier, le végétarisme est préjudiciable.

Quand on parle de ne pas nuire (Ahimsa), nous devons l’appliquer aussi à nous-mêmes, dans nos interactions avec autrui, nos relations ou nos activités. Les Yogas Sutras ont une portée universelle mais ils doivent toujours s’adapter aux particularités de l’individu.

Desikachar en a profité pour expliquer un aphorisme important qui conclut les yamas (code de conduite envers les autres et son environnement) dont fait parti Ahimsa.

II 31 jati desa kala samaya anavicchinna sarvabhaumah mahavratam

Patanjali reconnait que seuls des êtres d’exception (sarvabhaumah) qui observent « le grand voeu » (mahavratam) sont en mesure de suivre scrupuleusement le code de conduite (anavicchinna), alors que, ET C’EST PRIMORDIAL, le reste d’entre nous, appliquons ces règles selon notre activité (jati), le lieu où l’on se trouve (desa), le moment (kala) ou les circonstances (samaya). Par exemple. si on vit de la pêche (jati), en suivant strictement le principe d’Ahimsa, on serait contraint de cesser son activité et on causerait du tors à sa famille et a soi-même en se privant de son moyen de subsistance. Pareillement, là où vous vivez (desa), il se peut qu’on ne trouve pas des légumes frais toute l’année et il se peut que manger de la viande soit un complément alimentaire nécessaire. A certaines periodes de l’annee (kala), la consommation de  viande peut être recommandee pour la santé de certains individus. Dans le cas du jeune homme, les circonstances (samaya) ont fait que manger de la viande était le choix le moins néfaste.

(…)

On peut manger de la viande tout en étant fidèle au principe de Ahimsa. Peut-être que cela se traduit par le fait de choisir d’en manger occasionnellement ou de choisir de la viande ou du poisson issus d’élevage ou de pêche garants d’une certaine éthique, ou peut-être que vous adressez une prière ou un remerciement a l’animal dont la vie vous nourrit.

L’objet de notre pratique de yoga est d’agir en conscience et avec attention, de prendre soin de soi et de ceux qui nous entourent, d’être présents a nos agissements et de prendre des décisions réfléchies.

[fin de l’article]

Être végétarien en réaction aux crimes de certains, parce que c’est à la mode ou par aveuglement idéologique n’est pas une démarche de yoga. Faire le choix du végétarisme parce que c’est un choix aligné avec ses propres besoins énergétiques et avec sa volonté d’agir pour rendre hommage à la vie est une remarquable démarche de yoga. Cultivons plus de plantes dans nos jardins, beaucoup de discernement et l’écoute de l’autre. Et alors peut-être qu’on vivra sur une planète où on se nourrira mieux et en plus autour de la même table!