COMMENT CA VA?

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Marseille, lundi 26 février 2018.

J’étais récemment à Londres pour suivre une formation dans une méthode de travail corporel. Les sessions de formation consistent essentiellement en l’exécution des exercices. On répète, on ajuste, on répète. 24h à ce rythme sur 6 jours. Lors de la première séance, la formatrice fait un tour des tapis et nous demande si nous allons bien ou si nous avons des bobos à signaler. C’est vrai que, vus de l’extérieur, nous sommes tous valides avec deux bras, deux jambes, une motricité normale ; alors la question est pertinente. Y aurait-il des blessures non visibles auxquelles un registre de mouvements ne serait pas adapté? Quand on s’inscrit à son premier cours de yoga, on nous conseille aussi souvent de bien préciser au professeur, avant le cours, d’éventuels problèmes ou conditions physiques particuliers.

Réassurance, assurance et responsabilité

La question que je me pose : à quoi sert vraiment cette question de savoir si quelque chose va mal? Certains me diront « Laurence, comment oses-tu poser la question? C’est normal, nous sommes dans un contexte d’échange en rapport avec le bien-être et le corps. Le professeur doit savoir quelles sont les zones sensibles ou blessées de mon être musculosquelettique pour pouvoir me dispenser des conseils adaptés afin que mon expérience du cours ne me soit pas préjudiciable. » Il est vrai que pendant sa formation de professeur de yoga (ou d’autres disciplines qui touchent le corps), ce dernier a dû passer en revue les indications et contre-indications relatives à la pratique des exercices de yoga et que son conseil est donc certainement éclairé sur les risques. Le rôle attendu du professeur est d’être ce superviseur compétent et bienveillant. La confiance est la condition sine qua non de l’échange de yoga.

Que valent toutefois les lumières du prof de yoga si la personne vers qui elles sont projetées ne les entend pas ou les ignore? Cela nous renvoie à la notion de responsabilité : qui est responsable des risques induits par les mouvements que je vais engager dans les fibres de mon corps? Moi ou l’instructeur qui m’indique quoi faire?

Selon moi, la notion de champ de responsabilité dans le cours de yoga mérite qu’on développe un peu plus. Communément, on attend du prof responsable qu’il sache mieux que nous ce que nous devons faire, que ce qu’il nous fait faire est bon pour nous. Du côté du participant au cours, on attend qu’il écoute et suive les instructions. Vous ressentez vous aussi la froideur de ce que je viens d’écrire? Transmission = émetteur + récepteur.

Et si l’étendue de nos responsabilités respectives était plus large que cela?

Selon moi, le professeur de yoga en charge d’un groupe de participants à son cours assume la responsabilité :

  • de créer un espace, un espace sécurisant, où tout le monde se sente à sa place
  • d’être à l’écoute du non-verbal et de temporiser les agacements, difficultés ou gênes qui peuvent survenir entre les gens du groupe
  • d’accompagner intelligemment les participants dans leur experience de yoga avec des pointeurs verbaux, visuels ou tactiles (ajustement des positions par exemple) judicieux et appropriés. Guider, inviter, suggérer avec méthode, beaucoup d’instinct et de respect
  • d’entretenir une dynamique de groupe et de garder un oeil sur chacun
  • de répéter ce qui n’a pas été entendu, de le répéter encore et si le message n’est toujours pas reçu, de trouver d’autres moyens ou outils pour le faire passer
  • de sensibiliser les participants au rapport qu’ils entretiennent à eux-mêmes
  • de ne pas se poser en modèle mais en passeur

Selon moi toujours, le participant au cours de yoga a la responsabilité :

  • de sa disponibilité d’écoute
  • de son engagement dans ce qui lui est proposé
  • de l’observation de lui-même
  • du choix de ses réactions
  • du respect de ses limites
  • de choisir la bienveillance
  • de son sens du collectif
  • de ne pas se poser en exécutant mais en explorateur

La culture du « problème » et du « risque »

Je remarque que nous avons une tendance très nette à nous définir comme étant des sacs de problèmes. Comme jamais auparavant, nous sommes noyés dans des informations concernant notre corps et notre santé. En se baladant sur la Toile et les réseaux sociaux, on se découvre mille et un problèmes, anomalies ou dysfonctionnements qu’on ne soupçonnait pas la veille au soir. Mais notre responsabilité ne serait-elle pas de valider les sources de ces messages alarmistes avant de les incorporer comme vérités? Bon, c’est une autre sujet de discussion.

Le fait est, le corps est devenu une valeur refuge et nous sommes beaucoup à demander l’avis d’un spécialiste dès qu’on ressent une gène physique voire de consulter quand rien n’est à signaler, juste au cas où. A titre préventif. Et puis on va aussi en parallèle demander son avis a l’ostéopathe, au naturopathe et à l’acupuncteur. Autant de prismes que l’on considère nécessaires pour détecter quelque chose qui clocherait. Prendre la responsabilité de sa santé est important, je vous l’accorde. Et lorsqu’on souffre de pathologies, établir un diagnostic et suivre un protocole de soin est essentiel.

Quand est-on guéri?

Je me rappelle cette anecdote pendant une auto-pratique de yoga avec John Scott. Au moment où John vient assister ma voisine de tapis à faire ses drop-backs, un exercice de flexion arrière exigeant (de la position debout, la personne, bien campée sur ses pieds, laisse s’archer son dos pour venir toucher le sol derrière elle avec ses mains en posture de l’arc retourné), elle lui indique qu’elle a eu un accident de voiture et que telles et telles vertèbre ont été abimées. Ce à quoi John réplique en lui demandant quand s’est passé cet accident. Elle lui répond qu’il date de plusieurs années. Il lui demande alors si elle souffre. Elle lui dit que non. Il lui dit simplement, ton corps a guéri. Pourquoi je vous raconte ça? Parce que je remarque qu’on s’attache à nos blessures. On se définit par elles. On fige nos choix et champs d’action en fonction d’elles. Pendant le processus de réparation, il est évident qu’on adopte un comportement différent. Mais je crois que, le corps guéri, on doit renouer avec le mouvement. Je crois que nos choix et champs d’action doivent s’ouvrir à nouveau, sans être nourris par l’anxiété que tout redevienne comme avant. Sinon, on ne peut pas prétendre avoir guéri. Avant ce n’était pas mieux ; avant c’était juste avant. Pour reprendre les mots de Katy Bowman, on doit envisager notre corps comme notre biographie.

« Os et articulations sont intimement liés a la capacité du mental à s’exprimer parce que l’aptitude à l’expression est relative a l’aptitude au mouvement. » – Robert Svoboda

Ressentir de la douleur n’est pas le signe qu’on n’a pas guéri. On guérit a partir du moment où on accueille la douleur comme la mise en avant d’un espace de soi qui a besoin d’être soigné et qu’on créée l’environnement favorable à la guérison, avec l’expertise d’un spécialiste le cas échéant. Mais le pouvoir de guérison est en nous, pas dans les mains d’un autre.

« Même dans les circonstances les plus défavorables, la force de vie cherche toujours à nous assister, en dépit de notre ignorance et de notre ingratitude ; jusqu’à l’instant de la mort, la force vitale lutte pour conserver au corps la santé. Son adaptabilité est presque illimitée. une graine qui tombe dans une minuscule fente fait éclater le rocher, ou si celui-ci est trop résistant, s’évade de la fente pour monter à l’air et au soleil. Quelles que soient les circonstances, il faut que la vie triomphe. » – Selvarajan Yesudian

Vous êtes plus que la somme des parties

Doit-on faire du yoga pour « réparer » quelque chose? Le yoga est-il une thérapie? Je ne le formulerais pas comme ça. Nous ne sommes pas des problèmes ambulants. Nous sommes traversés par des accidents et des blessures. Mais si vous entamez une démarche de yoga, vous vous devez de vous en remettre à un mystère fascinant : celui du tout. Le yoga est un recalibrage permanent, une démarche pour intégrer la vie que l’on porte sur soi. Le potentiel de ce tout que vous constituez mérite votre engagement, votre amitié, votre émerveillement. Etre vivant, c’est être sensible à ce tout.

« Une machine ça repose sur un ensemble d’éléments qui jouent des rôles et déclenchent des actions. le corps humain, lui, est beaucoup plus mystérieux. Il fonctionne comme un tout, comme un processus global engagé dans un environnement. il y a bien des organes, des tissus, des os, des nerfs, un système complexe et ultra-perfectionné qui permet d’enclencher des gestes, des pensées, une interaction avec le monde. Il y a, disons, une mécanique fluide dont on perçoit les ressorts et les éventuels défauts. Mais comment marche-t-elle réellement? On peut étudier la mécanique, la technique et c’est fascinant mais il y a autre chose, un liant, un ensemble de processus qui, pris dans une dynamique, créent autre chose qu’eux-mêmes. Un corps est plus que la somme des parties. » – Pierre Ducrozet

ARRETONS AVEC LES CLICHES DE YOGA

A la rentrée, en diverses occasions, on m’a demandé des photos de moi en position de yoga et des portraits. Les clichés dont je dispose ont déjà pas mal servi alors j’en ai profité pour me livrer à cette expérience que je déteste : me faire tirer le portrait. Je déteste ça parce que je ne suis pas une poseuse.

Quand je pose pour une photo, on me demande sans cesse d’être autrement que ce que je suis. Quel paradoxe! Alors que ça fait des années que je travaille à la découverte et conquête de ce que je suis vraiment, vous me demandez de dévier la trajectoire pour me conformer à ce qu’on attend de moi sur pixels!

Qu’attend-on de moi (et du yoga) sur pixels ? Bah que je m’adapte à l’imagerie d’Epinal qui va avec. « Ca ne te ressemble pas, tu as l’air dur sur cette photo. Toi, tu es douce. Le yoga, c’est apaisant. » ; « Quelque chose de plus pimpant, pétillant. Souris, c’est quand même mieux. »

Deux mots se précipitent : stéréotypes et projections. Je voulais partager avec vous deux photos de yoga et vous en dire plus sur la personne qui pose.

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Image : ©laurencegay.com

Cette photo a été prise par Alexandre. Je suis arrivée au studio de prise de vue après avoir trop peu dormi. J’avais passé une nuit effroyable. Je n’avais pas arrêté de pleurer. Mon petit ami de l’époque était violent. Nous avions eu une forte dispute toute la nuit. Alexandre et son assistant ont été super gentils et m’ont aidée à me détendre un peu. C’était il y a 7 ans.

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Image : ©jacdemars

Cette photo a été prise cette année par Jacques. Cette session photo a du être organisée début septembre, assez vite. Il y a avait urgence à fournir les images aux personnes concernées. J’aurais pourtant préféré les faire à un autre moment. Je n’avais pas la tête à m’entendre dire qu’il fallait sourire. Je m’étais répété ça pendant presque un an. J’en avais assez. A peine deux semaines auparavant, j’avais dû prendre la décision de rompre ma relation amoureuse et déménager mes affaires de chez l’homme dont je me séparais. Une décision difficile ; une relation unilatérale ; j’étais en train de me perdre. Depuis, je suis hébergée chez une amie.

il y a sept ans, si je n’avais pas été suffisamment « dure », j’aurais pu y rester. Cette année, ma vie rentre facilement dans quelques cartons usés par les déménagements. Sans le soutien de mes amis, je serais à la rue. Comprenez que la gravité d’une situation peut se lire aussi sur un visage.

Arrêtons avec les clichés de yoga. Arrêtons de façonner une perception trompeuse de ce que l’on pratique. Nos vies ne sont pas faites de successions de salutations au soleil langoureuses à Bali. Tout le monde essuie des revers, tout le monde tombe à terre, tout le monde repart de zéro à un moment ou un autre. Les profs de yoga aussi. Et laissez-moi vous dire qu’il y a du yoga dans tout cela. Ma pratique de yoga (asana, pranayama, méditation et tutti quanti) maintient mon corps solide, me permet de laisser émerger ce qui est, de me détacher des scenarios « Et si … » et de ne pas sombrer dans le pathos. Et une autre chose de yoga merveilleuse prend corps : le soutien inattendu de personnes proches (mais pas que) qui m’a permis de réaliser que j’ai la chance d’avoir tissé des liens qui ont une importance indicible. Je tiens aussi à ajouter qu’enseigner le yoga, et j’entends par là créer le cours et le dispenser, fait aussi partie de l’équation. Je ne trouverais jamais les mots suffisamment puissants pour communiquer à tous ceux que j’ai le privilège de côtoyer sur les tapis que l’intérêt que vous manifestez en accueillant ce que je vous propose et l’enthousiasme, la gentillesse et la vulnérabilité dont vous faites preuve pendant les sessions donnent un sens profond a ce que je suis et ce que je fais. Et, sans le savoir, vous me faites relever la tête et garder le cap quand des expériences intimes me bouleversent et me font douter.

Lorsque vous choisissez de publier des photos de yoga, avant de la poster, posez-vous la question de votre intention. Et là, je formule un souhait pour que collectivement, on fasse évoluer les choses.  Je souhaite qu’à l’aide des images de yoga que nous choisissons de publier, nous racontions une histoire, une histoire qui est la nôtre, une histoire qui peut nous relier aux autres. Je souhaite qu’on arrête de se forcer à sourire ou à poser sur les photos de yoga et qu’on ait enfin des choses vraies à partager et pas de leçons a donner. Les apparences clivent, les histoires elles, rassemblent.

LE YOGA NE S’APPREND PAS, IL SE REVELE

Mercredi 17 mai 2017 – Laurence Gay

Peut-être ne le savez-vous pas, mais les formations de profs de yoga se développent à vitesse grand V dans l’hexagone. Véritables mannes financières, elles constituent une source de revenus importante pour les centres de yoga et les formateurs. Outre-Atlantique les YTTs (acronyme de Yoga Teacher Trainings – formations de professeurs de yoga) sont florissants depuis plusieurs années. A ce sujet, j’avais repéré en 2014 dans l’édition papier de LAYOGA (un magazine gratuit qui traite de yoga sur la scène Californienne et plus précisément à Los Angeles) un article de Julie Buckner qui decryptait ce phénomène. J’avais déchiré les pages de cet article en me disant que ça m’inspirerait pour vous écrire un post. Après une longue gestation, l’idée a germé, voici le post. Je vous conseille de lire l’article qui a également été publié en ligne (en anglais) sur LAYOGA.com : Teacher Training – Grounds for transformation (traduction : ‘Formation de professeur – Terreau de la transformation’).

Formatage à géométrie variable

L’article nous donne un aperçu des formats de formations généralement proposés. C’est effectivement pas mal de camper le décor parce que vous vous en doutez peut-être, ce n’est pas à la fac qu’on se spécialise en techniques de pranayama. Même en Californie. La formation la plus courante s’appelle la ‘200 heures’, elle s’organise d’affilée sur 12 week-ends ou elle se compose de divers modules proposés tout au long de l’année en soirée ou le week-end et chacun avance à son rythme (ou au bon gré de ses finances). Enfin l’autre option est de suivre une formation en immersion sur 2 à 6 semaines, en résidentiel, le plus souvent dans un lieu exotique avec une combinaison d’activités récréatives (surf, kayak, massages, etc.) et de modules de formation. Un joyeux mélange de vacances et d’apprentissage donc.

En France, les formations revêtent différents formats car il n’existe pas chez nous de reconnaissance officielle de diplôme de yoga. Certains formateurs ou centres de formations en France choisissent de s’affilier à des associations ou fédérations d’écoles (Yoga Alliance américaine, Union Européene du yoga, etc) et adoptent alors le format prescrit par l’organisme de rattachement : 200, 300 ou 500 heures de formation pour au final délivrer un certificat de formation aux participants.

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Un enseignant (et ses futurs élèves) y trouvent-t-ils leur compte?

Contrairement à ce que leur nom indique, les formations de professeurs de yoga sont pour la plupart ouvertes à des pratiquants débutants, voire même parfois aux non initiés, et sont alors souvent envisagées comme un stage d’immersion pour affiner sa compréhension des techniques de yoga ou comme un stage de développement personnel. Le cours n’est plus un lieu d’apprentissage, les gens veulent ‘approfondir’ et investissent des sommes importantes pour s’inscrire notamment aux formations qui sont considérées comme plus complètes que les cours.

La multiplication de formations de professeurs est relativement récente en France. Nous emboitons le pas aux Etats-Unis où elles se sont massivement développées depuis les années 2000, et où elles sont aujourd’hui critiquées  par certains comme ne permettant pas d’armer efficacement les personnes qui désirent enseigner. Comme nous l’explique l’article du LAYOGA.com, elles sont trop nombreuses à laisser les jeunes professeurs sans l’encadrement d’un formateur sénior une fois la formation finie. S’engage alors souvent pour les profs juniors une course aux formations sans avoir l’espace pour digérer et mettre en pratique les outils auxquels ils se forment d’une part et d’autre part une absence de référant quant à l’évolution à donner à leur enseignement. L’offre de formations varie au gré des modes mais ne propose pas véritablement de rendre les enseignants autonomes et adaptatifs dans leur approche.

James Brown, directeur de l’American yoga School ne mâche pas ses mots quand il fait l’état des lieux dans son article The colossal Failure of modern yoga (traduction : ‘L’échec colossal du yoga moderne’) : « A l’heure actuelle, il y a une pagaille de cours qui affichent le mot yoga dans leur nom. La plupart de ces cours sont donnés par des individus qui ont très peu pratiqué, puis qui ont suivi une formation courte avec des formateurs inexpérimentés. Les instructions relatives à la manière de pratiquer le yoga sont en voie d’extinction, elles sont remplacées par de la musique, des sourires et des contre-vérités mal amenées sur fond de bonnes intentions. »

Connaissance vivante

Tout cela m’amène à prendre du recul et à réfléchir sur ce qu’est véritablement l’objet de la formation :  la connaissance. Robert Svoboda apporte de l’eau à mon moulin. Il nous explique que dans la culture Indienne, le concept de connaissance n’est pas tangible. « Il est très important de faire la distinction entre ce que la plupart des Occidentaux pensent du savoir et ce que le concept de connaissance représente pour les Indiens. En Occident, la connaissance est quelque chose de tangible, de matériel, c’est quelque chose que l’on peut facilement transférer, qui peut être acheté et vendu ; alors qu’en Inde, la véritable connaissance est une chose qui est un être vivant – c’est Vidya. »

Spécifiquement dans le domaine du yoga, Manu Jois fait le même constat sur les attentes de la part des pratiquants quand il s’agit de la transmission : «  En Asie, les gens font ce qu’on leur enseigne sans poser de questions. On leur indique une asana ou un mantra, ils l’exécutent et laissent les bienfaits se déployer dans le temps et par la dévotion. Les occidentaux sont plus analytiques, ils veulent connaitre la signification du mantra avant de le chanter, ils veulent connaitre les muscles à engager et en quoi l’asana est particulièrement bien pour eux. Ils n’ont aucune patience pour faire l’expérience des choses, ils sont au contraire avides de réponses toute-prêtes, rapides et creuses. »

Peut-être. je réfléchis à haute voix. Peut-être donc, que le hiatus vient de là. La connaissance du yoga est d’abord une connaissance vivante qui découle d’un processus aussi appelé pratique et que ce n’est pas en 200 heures chrono en main que cette connaissance se révèle.

L’absorption

Dans son livre Shadow Yoga, Shandor Remete met au cœur de sa transmission la pratique personnelle. Il explique pourquoi. « Les informations techniques détaillées polluent le mental et nuisent à l’absorption par la pratique. (…) Les informations théoriques ne devraient jamais être imposées à la pratique, elles devraient au contraire être utilisées comme une méthode pour observer son propre comportement. Elles ne doivent pas interférer avec les mouvements naturels des membres et des flux de prana. Elles procurent aux débutants une carte des sites énergétiques et des passages et constitue ainsi un outil pour mesurer sa croissance personnelle dans les pratiques des asanas, kriya, bandha, pranayama, mudra et laya. (…)  Lorsque le pratiquant murit et que l’action est menée selon les principes universels, les techniques nécessaires dissimulées dans les formes et mouvements se révèleront d’elle-mêmes, spontanément. »

En conclusion, mon expérience de professeur et de pratiquante et ma réflexion m’amènent à vous dire ceci : le métier de professeur de yoga est trop souvent fantasmé. Si vous vous engagez dans cette voie, ne nourrissez pas les fantasmes, soyez authentique. Si vous suivez une formation de yoga, qu’elle ne vous donne pas une confiance de surface. Faites en sorte que l’estime que vous développez pour votre aptitude à transmettre soit ancrée. Laissez-la mûrir en vous par une pratique suivie et cohérente avec votre vie, qu’il pleuve ou qu’il vente sur votre chemin. A force de faire passer les outils de yoga par votre corps et votre système nerveux, vous serez en mesure de les transmettre, avec justesse. Je crois que les enseignants les plus brillants que j’ai eu la chance de rencontrer sont ceux dont la confiance est ancrée au point que leur humilité est grande et manifeste.