RECHERCHER LE BONHEUR A-T-IL DU SENS?

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Photo prise à Marseille par moi.

Mes lectures de fin d’année ont fait tilt pour beaucoup de raisons. Je me dois de partager l’une d’elles avec vous : In 2017, pursue meaning instead of happiness (En 2017, chercher du sens plutôt que du bonheur), un article paru le 30 décembre 2016 sur le site New York et écrit par Emily Esfahani Smith et Jennifer Aaker. L’article original (voir lien au-dessus) est en anglais, je l’ai partiellement retranscrit en français. Que cette lecture vous rende heureux, ou emprunt de sens, ou les deux.


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Des psychologues se sont penchés d’un peu plus près sur les effets de la quête du bonheur et ont mis au jour des résultats troublants. Il se trouve que la recherche de bonheur affecte défavorablement notre bien-être.

En philosophie cela fait longtemps qu’on établit une distinction entre bonheur et sens. Pendant des siècles, la philosophie reconnait deux formes de bien-être : hedonia, ce mot du grec ancien qui fait référence à ce que les scientifiques du comportement appellent bonheur et eudaimonia, mot qui lui relève du sens. Une vie heureuse est définie comme motivée par le plaisir et la jouissance alors qu’une vie pleine de sens dépasse cela. Dans son ouvrage à paraitre prochainement, Emily Esfahani Smith a passé en revue de nombreux rapports empiriques issus de recherches de plus en plus nombreuses sur la quête de sens ainsi que des oeuvres de grands penseurs comme Aristote, Tolstoï ou encore Camus. Elle explique que les caractéristiques d’une vie pleine de sens sont en lien et enrichissent quelque chose au-delà de soi, chose qui peut être sa famille, son travail, la Nature ou Dieu.

Mais parce que la quête de sens implique de s’impliquer dans quelque chose de plus vaste, une vie pleine de sens est souvent stressante, demande de fournir des efforts et de se battre.

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Bien sûr on peut cumuler bonheur et sens.

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Dans deux études portant sur le suivi de 400 américains (publiées dans The Journal of Positive Psychology), Jennifer Aaker et ses collègues ont étudié un groupes d’individus dont une partie se sent ‘haut’ en bonheur, mais ‘bas’ en sens et l’autre ‘haut’ en sens et ‘bas’ en bonheur. Ils ont pu déceler des différences notables sur la manière dont ils mènent leurs vies.

Ceux du groupe des ‘heureux’ ont tendance à éviter les relations compliquées ou exigeantes, se décrivent comme autonomes et passent le plus clair de leur temps à penser à leur ressenti dans le moment. Quant au groupe des ‘pleins de sens’, ils passent plus de temps à aider les autres, avec des amis ou à s’occuper d’enfants et à penser au passé, au présent et à l’avenir.

Bien que les personnes tirent du sens de sources différentes, les vies pleines de sens partagent trois composantes comme nous l’explique un rapport publié en 2016 dans Review of General Psychology. Après une une étude approfondie de textes, les psychologues Login George and Crystal Park de l’université du Connecticut ont identifié trois caractéristiques:

– LA FINALITE : la mesure selon laquelle on se sent mû et motivé par des objectifs de vie porteurs de valeurs.

– LA COMPREHENSION : la capacité à comprendre et donner une signification à ses expériences de vie et les tisser en un tout cohérent.

– L’IMPORTANCE : la croyance que son existence est significative et a de la valeur.

Ainsi quand une personne parle d’avoir une vie pleine de sens, elle implique qu’elle ressent sa vie comme ayant une finalité, de la cohérence et de la valeur.

Le sens n’est toutefois pas quelque chose que l’on possède ou pas. C’est une approche, un état d’esprit. On peut choisir la quête du bonheur et la quête de sens. Dans un récent travail, Veronika Huta et Richard Ryan ont découvert que les gens se comportent différemment selon qu’ils recherchent l’un ou l’autre et que cela a une influence sur leur bien-être. L’une de leur études porte sur un groupe d’étudiants à qui on a demandé de poursuivre une quête de bonheur ou une quête de sens pendant dix jours. Ceux qui ont choisi la quête de sens se sont consacrés pour beaucoup à pardonner à un ami, étudier et aider ou remonter le moral à quelqu’un d’autre. Ceux du groupe de la quête de bonheur ont rapporté s’être consacrés à des grasses matinées, aux jeux et au grignotage de bonbons.

Les étudiants du groupe ‘heureux’ ont dit ressentir plus de sentiments positifs et moins de sentiments négatifs tout de suite après les dix jours. Trois mois plus tard, l’élan de bonne humeur avait disparu. Les étudiants du groupe de ‘la quête de sens’ ne se sont pas sentis aussi heureux juste après la période des dix jours, ce qui s’explique. Chercher à donner du sens en aidant un ami par exemple demande sacrifice et effort et peut même faire souffrir sur le moment. Toutefois, trois mois plus tard, ces mêmes étudiants ont dit se sentir « enrichis », « inspirés », et faisant « partie de quelque chose de plus grand que moi ». Ils ont aussi précisé ressentir moins de sentiments négatifs. Sur le long terme la quête de sens semble s’avérer plus profondément satisfaisante que la quête du bonheur.

Viktor Frankl, rescapé de l’Holocauste et auteur du livre Man’s Search for Meaning n’aurait pas été surpris. « Pour les Européens, c’est une caractéristique de la culture Américaine que cette injonction répétée du bonheur. Mais on ne peut pas rechercher le bonheur, il doit découler de quelque chose. On doit avoir une raison d’être heureux. »

YOGA EN SERVICE CONTINU 24h/24

NightYoga

Il y a quelques années, au cours d’une retraite de yoga avec Shiva Rea, une remarque qui a été faite m’a beaucoup marquée. Elle m’a marquée à tel point que j’écris cet article sur le blog aujourd’hui. Admettez-le, ça n’est pas rien.

Une participante demande à Shiva quelle est la durée idéale de pratique et combien de fois par semaine. La réponse de Shiva : on pratique le yoga 24h sur 24, 7 jours sur 7. Oui, vous l’aurez compris, la participante s’interrogeait sur le temps qu’elle devrait passer dans ses asanas et son pranayama et la réponse de Shiva est d’une grande richesse parce qu’elle nous renvoie à une question plus pertinente. C’est quoi pratiquer le yoga?

Je pense que cette anecdote refait surface en moi maintenant parce que suite à mon déménagement récent je suis maintenant utilisatrice de la ligne 13 du métro et j’ai opté pour le vélo dans Paris pour la plupart de mes déplacements. Les Parisiens comprendront ce que je veux dire par la « ligne 13 », pour les autres je précise qu’elle est la ligne la plus bondée de Paris, et sans doute d’Europe. Elle est synonyme d’enfer pour les voyageurs franciliens. Et c’est effectivement, sous terre, dans la promiscuité des wagons trop remplis, agacée d’être bousculée de tous les côtés. voire même écrasée contre le dossier d’un strapontin que je me suis posée la question : es-tu vraiment en train de pratiquer ton yoga en service continu ou as-tu mis sur la porte le papier ‘De retour dans 15 minutes après  voyage dans l’enfer de la ligne 13’? Parce que oui, je suis quelques fois vraiment excédée.

Même interrogation quand je me suis surprise à plusieurs reprises à insulter des automobilistes alors que je pédalais aux abords de la Gare Saint Lazare ou sur le Boulevard de la Madeleine. D’abord, à ceux qui ne me connaissent pas, je tiens à préciser que je ne suis pas du genre à jurer comme un charretier. Normalement. Mais je dois vous avouer que je n’ai jamais autant proféré de « connard » de ma vie que sur mon vélo dans Paris. Je ne vous mens pas et le truc le plus fou c’est que cela sort spontanément dès qu’une voiture me colle de près pour forcer le passage.

Je sais. Ça n’est pas comme ça que vous imaginiez votre prof de yoga au quotidien. Un mythe s’effondre.

Toutefois la prise de conscience de ces « mises sur pause du mode yoga » m’a permis d’aller plus loin et de réaliser qu’il y avait trois choses personnelles sur lesquelles je devais faire mon travail : la patience, l’affirmation et le recul. Je rétrograde et je ne me presse plus dans les transports. J’affirme ma position telle qu’elle est sur la route ou dans le wagon en manifestant gentiment mon inconfort. Je sais bien que cette ville que nous partageons est super anxiogène, et aussi idiot que cela puisse paraitre, je réalise aussi le stress que ressent tout le monde, il n’est pas question que de moi. Et enfin je fais le choix de plus mousser, parce que très honnêtement, m’énerver a toujours causé plus de tort à moi qu’aux autres et ruminer finit toujours par donner un sale goût au quotidien.

Attention, je ne dis pas que c’est facile, mais j’ai fait ces choix. Et curieusement, alors que tout ce cheminement se faisait dans mon esprit et mon quotidien, je tombe sur une citation que l’univers semble m’avoir envoyée pour me conforter dans mes choix.

« La vie nous procure le parfait enseignant au bon moment. Cet enseignant c’est chaque moustique, chaque coup de malchance, chaque feu rouge, chaque embouteillage, chaque patron ou collaborateur odieux , chaque maladie, chaque perte, chaque moment de joie ou de détresse, chaque dépendance, chaque absurdité, chaque respiration. Chaque moment est le gourou. » – Charlotte Joko Beck

Oui, c’est avéré, le cours de yoga dure bien 24 heures sur 24.