LE BON PAIN, LE PRANAYAMA ET L’HERITAGE

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Photo : Jlhopgood

Marseille, le mercredi 22 novembre 2017.

Ce matin, je me rends à la boulangerie Maison Saint Honoré au 131 rue d’Endoume. LA boulangerie qui m’a réconciliée avec le pain. Alors que je passe le pas de la porte, un client remet à la boulangère un sac cadeau discrètement orné de fleurs fraiches et lui lance : « Joyeuse fête Cécile! » La boulangère est interloquée. Elle ne connait apparemment pas ce monsieur plus que ça. Il doit être un client fidèle toutefois car elle connait son prénom. « Merci Gérard. Et en plus c’est aussi mon anniversaire… » Elle est visiblement émue et stupéfaite. « Mais c’est moi qui vous remercie. » lui rétorque-t-il. « Merci pour votre gentillesse. » ajoute-t-il. « Je vous fais la bise pour vous remercier. » finit-elle par répondre. Ils s’embrassent, ils se souhaitent une bonne journée. Il repart en direction de la sortie, sans achat. J’en conclus qu’il était passé à la boulangerie uniquement pour lui remettre son cadeau. Il s’apprête à passer la porte. Elle vient vers moi pour me servir. Elle ne trouve pas ses mots, elle me regarde, incapable de me parler, elle s’adresse a lui : « Je suis émue. » Il lui répond : « Soyez émue… » il repart en lui lançant un franc sourire.

Je lui dis : « Et oui vivez cela, recevez-le. » Elle sourit, encore sous l’émotion. Elle me dit « C’est tellement gentil ce cadeau ». Je lui dis que je partage l’avis du monsieur, que le pain que cette maison fait est vraiment hors du commun et qu’en boutique j’ai été servie par différentes personnes tout aussi gentilles les unes que les autres. Et j’ajoute : « Vous n’imaginez pas la différence que vous faites dans le quotidien des gens. » Elle me répond : « C’est tellement rare de nos jours. » Je nuance : « Je ne crois pas que ce soit rare. C’est juste qu’on oublie la gentillesse. Des gens comme ce monsieur nous la rappellent » et je lui lance un joyeux anniversaire avant de préciser le pain que je souhaitais acheter.

On n’imagine pas la différence qu’on fait dans le quotidien des gens.

Ca m’a fait penser aux mots employés par Oprah Winfrey quand elle mentionne un échange qu’elle avait eu avec son mentor Maya Angelou. Oprah confiait à cette dernière qu’elle estimait que l’école qu’elle ouvrait en Afrique du Sud serait ce qu’elle laisserait en héritage [au monde]. Ce à quoi Maya Angelou répondit : « Tu n’as aucune idée de ce que sera ton héritage. Ton héritage. c’est ce que tu fais chaque jour. Ton héritage c’est chaque vie que tu touches, chaque personne dont tu as bousculé la vie, ou pas. C’est chaque personne que tu auras aidée ou blessée. C’est ça ton héritage. »

Mes synapses encore chaudes rétablissent une autre liaison, avec le livre de Desikachar : The Heart of Yoga. C’est un passage que j’ai partagé avec les participants au module d’approfondissement de novembre. Ce passage, Desikachar l’amène en conclusion de ces explications sur le pranayama. Il dit que les fruits du travail de pranayama ne sont pas instantanés. Il dit que ces changements, on les observe, graduellement, par une évolution de notre état d’esprit. Il précise : « Les changements d’état d’esprit s’observent avant tout dans nos relations aux autres. Les relations sont révélatrices de la compréhension que nous avons de nous-mêmes. »

Je relis mon texte et je constate ce qui suit : le bon pain, le pranayama et l’héritage y ont tous trouvé leur place. Qu’ont-ils donc en commun? Peut être que leur dénominateur commun ce sont les gestes, les gestes du quotidien. Les gestes experts et bon-veillants de l’artisan ; les gestes magiques et organiques du corps qui se contracte et qui s’ouvre ; toucher ; donner et saisir.

C’est fou ce qu’on peut faire avec nos mains, avec nos battements de coeur, avec nos mots, avec nos sourires, avec notre attention. On façonne la vie.


Laurence Gay Yoga – http://www.laurencegay.com

LE BON PAIN, LE PRANAYAMA ET L’HERITAGE

POURQUOI NE COMPREND-ON RIEN AU YOGA?

J’ai lu dans la presse française que le yoga connaissait un engouement dans l’hexagone notamment parce qu’il « intellectualisait » la gym. Pourtant intellectualiser implique dissocier  pour comprendre, alors que le yoga vise à rassembler pour ressentir.

La démarche de yoga est multi-dimensionnelle et on veut la simplifier et la réduire pour l’enfermer dans une petite boite avec une étiquette dessus. Pour ce qui est de l’étiquette, on n’est pas trop sûr de ce qu’il faut écrire dessus :  « gym douce », « méditation » , « mouvement sectaire », « étirements » , « gym spirituelle » , « gym zen », « exercices de respirations », « art énergétique », « body & mind » , « démarche bien-être »… Est-ce donc pour ça que nous n’y comprenons rien? Pas seulement. Nous n’y comprenons rien parce que le yoga est un art qui nous vient d’ailleurs et que notre grille de lecture pour appréhender le yoga n’est pas adaptée. Ça ne veut pas dire que nous ne pouvons pas y accéder, ca veut dire qu’il faut porter un oeil neuf sur ce que nous entrevoyons de nous-mêmes.

Le yoga nous vient d’ une culture où le corps ne se définit pas seulement organiquement, mais en de subtiles couches qui sont interdépendantes. L’Ayurvéda, système de médecine Indien intimement lié au yoga, nous apprend effectivement que nous ne sommes pas constitués d’un corps, mais de plusieurs : le corps physique, manifeste (squelette, organes, tissus et fluides) étroitement intriqué avec le corps subtil (vitalité, dynamique énergétique du vivant), lui même nourri par le corps causal (état de conscience et de connaissance de sa réalité propre). L’œuvre du yoga c’est de permettre à l’individu d’accéder au corps causal pour lui permettre de réaliser qui il est. Comme ces corps sont interdépendants, une symbiose s’opère entre ces différentes « couches » et le yoga propose des outils pour travailler le corps physique par les asanas (ou postures), le corps subtil par le pranayama (ou exercices respiratoires) et le corps causal par la méditation. Tout se correspond.

D’ailleurs – et pour briller en société replacez-le dans une discussion mondaine – du temps d’Alexandre le Grand, les Grecs appelaient les yogis les gymnosophes, gymnastes de la sagesse.

« Et toi, tu fais quoi comme yoga? ». Il n’y a pas de hiérarchie dans la démarche de yoga que chaque individu veut entreprendre. Certains mettront l’accent sur la méditation, d’autres sur les asanas et d’autres encore sur le pranayama. Peu importe, à partir du moment où ce choix correspond à votre sensibilité , à ce qui fait sens en vous.

« Le yoga pour une vie sans stress? ». Non, le yoga ne fera jamais disparaître le stress de nos vies. Ce que le yoga fait, c’est qu’il change notre manière de réagir au stress. Il nous rend plus forts, il nous aide à nous centrer et donc à y voir plus clair quant aux décisions à prendre pour évoluer dans la vie. Shiva Rea dit que le yoga c’est la capacité de danser avec la vie sans être bousculé et excentré.

« Euh, c’est quoi le yoga qu’il me faut? ». On peut comparer le yoga à la musique. Les notes sont pour tous les styles de musique les mêmes, mais on ne va pas en tirer les mêmes rythmes, ou les mêmes résonances. Il y a des styles musicaux que nous affectionnons vraiment, d’autres auxquels nous sommes hermétiques et puis nous pouvons aussi changer de sensibilité. Les genres musicaux changent et se nourrissent les uns des autres au fur et à mesure du temps. Le yoga c’est pareil. Il n’y a pas de yogas nouveaux, il y a le yoga. Chaque style de yoga va proposer son thème musical. En voici quelques-uns proposés à Paris à l’heure où j’écris cet article:

  • yoga iyengar : l’alignement du corps dans les asanas puis le travail respiratoire et méditatif
  • yoga ashtanga/vinyasa yoga : la synchronisation du souffle et de l’enchainement des postures, la méditation en mouvement
  • shadow yoga : l’enracinement du corps (activation du bas du corps et l’assouplissement articulaire)
  • anusara yoga : l’ouverture du haut du buste et l’alignement du corps, la méditation
  • hatha yoga : l’exploration du corps, le contrôle du souffle, l’observation des émotions
  • kundalini yoga : la stimulation des mouvements d’énergie par le corps (séquences simples répétitives : les kriyas) et la méditation
  • yin yoga : le relâchement conscient du corps et du mental en se posant longuement dans les asanas, observation des émotions
  • prana flow yoga / jivamukti yoga : la circulation d’énergie vitale, le tonus, l’assouplissement, la méditation en mouvement et un accompagnement musical

La question à se poser : « Quel style me correspond et quel professeur serait un bon guide? » Vous pourrez vous documenter, interroger des proches, « intellectualiser » votre recherche. Ça ne répondra pas à la question. La réponse est dans le cours, alors soyez curieux et essayez le cours qui vous intéresse. Le yoga est une expérience de soi. Vous saurez repérer ce qui vous fait du bien, et un prof consciencieux saura vous orienter. N’en doutez pas, le gourou éclairé, c’est bien vous!

Je partage aussi avec vous cette interview de Charles Bietry qui me posait la question de ce qu’est le yoga :



POURQUOI NE COMPREND-ON RIEN AU YOGA?