QUAND GANESH VIRE NARCISSIQUE

Le New York Times remarque la tendance narcissique galopante des yogis qui exhibent des photos d’eux-mêmes en train de faire des postures de yoga sur les réseaux sociaux. L’article fait mention de deux pratiquantes de yoga qui ont entre 40 000 et 245 000 suiveurs sur leurs comptes Instagram!

L’une d’entre elles met son appareil photo en marche au début de sa pratique, l’appareil est programmé pour prendre une photo toutes les deux secondes.

La mise en scène est importante, l’une vous dira que si vous prenez des photos chez vous, il faut que ce soit rangé, l’autre privilégie les photos prises dans des destinations exotiques de rêve. Out les t-shirts distendus ou les leggings troués à l’entre-jambe, toutes sont pimpantes dans leurs tenues colorées. Un photographe de Santa Monica propose même des stages pour apprendre des techniques de prise de vue pour faire de la « photo yoga ».

Cette surenchère à la posture de yoga semble être un moyen de donner de la crédibilité à ces pratiquantes. Beaucoup de professeurs de yoga se mettent d’ailleurs en avant dans des postures complexes pour justifier de leur statut de professeur.

Pourtant asana (le terme véritable pour posture de yoga) ne définit aucun critère visuel particulier. Asana est défini comme structure et aisance et n’induit aucune hiérarchie entre les différentes asanas. Comme le dit Shiva Rea, les asanas sont comme des notes de musique, elles ont toute la même valeur. Chaque note apporte sa teinte à la gamme.

Et puis il y a l’idée d’exhiber son corps se tortiller comme preuve de bonne santé, sorte d’affirmation publique qu’on est quelqu’un de sain et de discipliné, voire même la revendication d’être quelqu’un de bien. Il faut toutefois se rappeler que le corps physique est une porte d’accès en yoga. La démarche véritable de yoga (quelque soit l’approche choisie) c’est d’utiliser le corps comme outil pour finalement le transcender.

Enfin, de mon point de vue, partager le yoga devrait être davantage une démarche relationnelle à soi-même, aux autres et à notre environnement. Dans notre monde névrosé et boulimique d’image, un peu de pudeur et davantage d’action serait tellement plus enrichissant.