C'EST SINCERE UN RAT?

Art : Chim Pom Super rat (2017). Source : instagram @artbasel

28.01.2020. Il m’en aura fallu du temps pour me remettre en ligne et vous écrire. Le nouvel an chinois m’a motivée. Je tiens d’abord à rassurer ceux qui me suivent de près amicalement et/ou professionnellement, je vais bien. Prochainement, je vous parle un peu du cancer et du traitement que je suis.

Mais il n’y a pas que la maladie dans la vie! En voulant trouver une image de rat qui me plaise, je suis tombée sur celle-ci. Pour ceux que j’ai d’ores et déjà perdu, je précise que la nouvelle année lunaire qui commence est sous l’influence du signe du rat dans l’horoscope chinois. Mon sevrage numérique de quelques mois m’a régénérée et permis de prendre du recul et évaluer la place que les ‘social media’ prennent dans mon existence, l’évolution de la nature des interactions qu’ils engendrent et leur effets sur mes comportements et ceux de mon entourage, on- et off-line.

Prise de tête? Non. Dans The Heart of Yoga, T.K.V. Desikachar nous dit que «  L’ensemble de la pratique du yoga peut être comprise comme étant un processus d’examen de nos habitudes dans nos manières de prendre position et de nous comporter et de leurs conséquences. » J’ai le sentiment qu’on vit une transformation profonde de nos comportements avec et par l’usage des technologies. Evoluer n’est en rien préjudiciable. C’est surtout vital. C’est l’aspect manipulateur, mensonger et liberticide du monstre que je questionne et la docilité voire l’avidité avec laquelle on se soumet qui m’effraie.

Je ne sais plus ou j’ai lu ça, mais ça m’est resté : « On ne parle plus vrai. Tout est communication. »

Tout est communication et c’est ce qui m’emmerde avec les réseaux sociaux. On s’est tous promus responsable des relations publiques de soi-même et on soigne son image de marque. Personal branding. Auto promotion. Auto-censure. Consciemment, ou pas, on ne poste que ce qui est attendu de son public.

Extrait de L’insoutenable légèreté de l’être – Milan Kundera

« Pour Sabina, vivre dans la vérité, ne mentir ni à soi-même ni aux autres, ce n’est possible qu’à condition de vivre sans public. Dès lors qu’il y a un témoin de nos actes, nous nous adaptons bon gré mal gré aux yeux qui nous observent, et plus rien de ce que nous faisons n’est vrai. Avoir un public, penser à un public, c’est vivre dans le mensonge. Sabina méprise la littérature où l’auteur révèle toute son intimité, et aussi celle de ses amis. Qui perd son intimité a tout perdu, pense Sabina. Et celui qui y renonce de plein gré est un monstre. Aussi Sabina ne souffre-t-elle pas d’avoir à cacher son amour. Au contraire, c’est le seul moyen pour elle de vivre dans la vérité. »

Quelle est notre intention quand on s’apprête à poster ou relayer quoique ce soit sur facebook, insta, ou autres? Ne jouez pas à Miss France en me répondant « promouvoir la paix dans le monde » ou « défendre la cause animale ». Quelle est notre véritable intention et les conséquences espérées? On devrait tous creuser le sujet, surtout si on prétend n’avoir jamais fini d’apprendre sur soi.

Une lecture (en anglais) qui m’a plu dans The Vox : Instagram is broken. It also broke us. Notamment le propos sur ce phénomène actuel : en réaction aux mises en scène de vie idéales, les influenceurs jouent la carte de « l’authenticité calculée ». Ils révèleraient davantage du chaos de leurs vies (enfin, plutôt une esthétique du chaos), parce que l’algorithme d’Instagram, en constante évolution notamment depuis le rachat d’Instagram par Mark Z. (Monsieur Facebook), cherche à mettre ce type de contenu en valeur. Bon, on mentionne Insta ici, certes, mais tous les réseaux tendent a converger par leur fonctionnement et fonctionnalités sur le modèle d’Instagram.

Extrait de Instagram is broken. It also broke us – Rebecca Jennings, décembre 2019 dans The Vox

« Votre moi d’Instagram se doit devenir acceptable pour le plus grand nombre de personnes possible. Sur une plateforme qui valorise le nombre de suiveurs plus que tout autre chose, on se doit d’être tout à la fois aux yeux de tous – beau.belle (mais pas trop sexy, tétons censurés!), prospère mais ne pas trop susciter l’envie (laisser aux autres le soin de ne pas s’identifier à vous), authentique mais pas trop dans le réel quand même (personne ne veut entendre parler de vos problèmes de couple!). »

L’autre idée avancée dans l’article, c’est que par ce mécanisme de projection d’une authenticité calculée, on en arrive à vider de sens la notion d’honnêteté, au point de nous faire douter lorsque nous sommes en contact avec quelque chose de vulnérable ou de « réel ». Et le danger selon l’auteur c’est que même si on envisageait la suppression des réseaux sociaux, nous ne pourrions plus retisser un lien de confiance avec nos congénères. Ce lien serait définitivement rompu.

Nouvelle année. L’année du Rat est l’année un du zodiaque chinois. Vous êtes de ceux.celles qui aimez les rituels de commencement? S’il y a une détox à faire, c’est celle de nos intentions. Si j’ai bien compris, ce qui se trame cette année a des répercussions sur les 12 ans à venir. Posons nos diadèmes de Miss et militons pour plus de satya dans ce monde d’infox. Tous à vos posts!

TRY&DO M’A SELECTIONNEE COMME UNE INSTAGRAMEUSE A SUIVRE

Merci à Try&Do de m’avoir fait figurer dans leur palmarès des 10 instagrameuses à suivre. Je suis d’autant plus honorée que leurs critères de sélection me plaisent :

« Pour nous motiver, nous encourager non seulement dans un mode de vie sain mais aussi positif, nous avons sélectionné pour vous 10 instagrameuses fitness, yoga et lifestyle qui nous inspirent. Ce ne sont peut-être pas les plus connues, ni celles qui remportent le plus de commentaires mais avec elles, on est sûrs de ne pas s’ennuyer ! »

Qui m’aime, me suive sur Instagram @laurenceyoga

 

try&do_IG

 

QUAND GANESH VIRE NARCISSIQUE

Le New York Times remarque la tendance narcissique galopante des yogis qui exhibent des photos d’eux-mêmes en train de faire des postures de yoga sur les réseaux sociaux. L’article fait mention de deux pratiquantes de yoga qui ont entre 40 000 et 245 000 suiveurs sur leurs comptes Instagram!

L’une d’entre elles met son appareil photo en marche au début de sa pratique, l’appareil est programmé pour prendre une photo toutes les deux secondes.

La mise en scène est importante, l’une vous dira que si vous prenez des photos chez vous, il faut que ce soit rangé, l’autre privilégie les photos prises dans des destinations exotiques de rêve. Out les t-shirts distendus ou les leggings troués à l’entre-jambe, toutes sont pimpantes dans leurs tenues colorées. Un photographe de Santa Monica propose même des stages pour apprendre des techniques de prise de vue pour faire de la « photo yoga ».

Cette surenchère à la posture de yoga semble être un moyen de donner de la crédibilité à ces pratiquantes. Beaucoup de professeurs de yoga se mettent d’ailleurs en avant dans des postures complexes pour justifier de leur statut de professeur.

Pourtant asana (le terme véritable pour posture de yoga) ne définit aucun critère visuel particulier. Asana est défini comme structure et aisance et n’induit aucune hiérarchie entre les différentes asanas. Comme le dit Shiva Rea, les asanas sont comme des notes de musique, elles ont toute la même valeur. Chaque note apporte sa teinte à la gamme.

Et puis il y a l’idée d’exhiber son corps se tortiller comme preuve de bonne santé, sorte d’affirmation publique qu’on est quelqu’un de sain et de discipliné, voire même la revendication d’être quelqu’un de bien. Il faut toutefois se rappeler que le corps physique est une porte d’accès en yoga. La démarche véritable de yoga (quelque soit l’approche choisie) c’est d’utiliser le corps comme outil pour finalement le transcender.

Enfin, de mon point de vue, partager le yoga devrait être davantage une démarche relationnelle à soi-même, aux autres et à notre environnement. Dans notre monde névrosé et boulimique d’image, un peu de pudeur et davantage d’action serait tellement plus enrichissant.