ON A L’AGE DE SES CHAKRAS

Paris, le 30 juin 2018.

Un jour, j’ai eu une conversation avec la soeur d’une amie que je connaissais à peine. Une dingue de running. Elle courait beaucoup pour entretenir sa ligne. Au retour de l’un des ces joggings, elle rentre en sueur et se débat quelque peu avec ses cheveux en défaisant sa queue de cheval. Je ne suis vraiment pas douée pour les ‘small talks’ mais je fis un effort. On cohabitait une grosse semaine à plusieurs dans une maison à la campagne pour des vacances. Je lui dis que les cheveux longs ce n’était effectivement pas pratique quand on faisait souvent du sport. Elle acquiesca avant d’ajouter qu’elle profitait d’avoir la trentaine pour conserver des cheveux longs. Selon elle, passée la quarantaine, une femme ne devrait plus avoir les cheveux longs, elle devrait opter pour une coupe plus courte, alors autant en profiter maintenant.
Pourquoi je vous parle de ça? Parce que je me pose la question de savoir d’où vient cette tendance qu’on a à prendre pour acquis que le nombre de nos circonvolutions autour du soleil dicte ce que l’on devrait être. La plupart d’entre nous conçoit le vieillissement comme une détérioration. Cette histoire de coupe de cheveux ne fait pas exception. La chevelure chez la femme est considérée comme un atout de séduction, or le cap de la quarantaine chez la femme est perçue, dans l’inconscient de beaucoup, comme une étape vers l’obsolescence sexuelle. Fertilité en berne oblige. Je précise que je n’exprime pas ici mon opinion, mais une conception plus ou moins consciente chez beaucoup de personnes.
On part du même principe quand on en vient à parler de yoga pour ‘seniors’. On met dans la case senior une tranche d’âge qui accuserait une détérioration de sa mécanique corporelle et un amoindrissement de sa vitalité. Sur Internet, on voit passer des images exceptionnelles d’octogénaires voire nonagénaires hyper souples dans des postures de yoga (notamment Tao Porchon-Lynch). Ca change des chats vous me direz, mais le message sous-jacent est-il l’aisance dans le corps et l’harmonie ou le jeunisme?
Mes questions : Est-ce la bonne intention que de pratiquer le yoga par peur de perdre quelque chose (en l’occurrence la jeunesse)? Est-ce que cela ne témoigne pas paradoxalement à ce que l’on cherche à dissoudre en yoga, à savoir l’attachement?
Je pense que les moments charnière de la vie sont indépendants de l’âge. Enfermer la pratique du yoga selon son âge est une négation pure et simple de la complexité des individus.
J’ai dans mon entourage proche des vingtenaires qui sont en mal de créer un espace calme en eux et des sexagénaires qui s’éclatent à entraîner des groupes à la pirogue en mer. J’ai eu dans mes cours de yoga des femmes enceintes qui m’ont dit ne pas s’y retrouver dans les cours de yoga prénataux, elles m’ont confié leur envie de sentir force et circulation dans leur organisme.
Des changements psychologiques et physiologiques conséquents peuvent survenir à tous moments de la vie. Maladie, blessures, grossesse, etc. A nous de les accueillir, à nous de déployer une relation vivante avec notre réalité. Si le yoga regorge de tant d’approches et d’outils, c’est sans doute parce qu’il est inspiré par la créativité de la vie. Il ne s’agit pas de rester identique et figé dans une construction mais d’accompagner la transformation.
Allez, une lapalissade pour illustrer mon propos. Tant que nous sommes en vie, nous ne sommes pas morts. Et s’il faut mourir tout en étant vivant, c’est mourir à l’idée que l’on doit s’en tenir à ce que nous (ou les autres) cristalisons de nous-mêmes. On peut avoir 20 ans et avoir un impérieux besoin de douceur et de lenteur et en avoir 50 et avoir besoin d’être nourri par l’énergie du mouvement.
Ne laissez rien, ni personne vous dire quel est vôtre âge. Encore moins les étiquettes de yoga. Décollez les étiquettes des emballages. Déchirez l’emballage. Tous sens en éveil, goûtez le contenu de la barquette. Soyez sensible à ce que vous digérez et la manière dont vous le métabolisez. Vous vous sentez un peu plus vous-mêmes ? Bingo! Renouvelez l’expérience. Faites-la vôtre. Peu importe le regard que portent sur vous les autres personnes dans le cours ; peu importe ce que les gourous du bien-être en disent.

A méditer. Une réplique du film de Besson Le cinquième élément : ‘Le temps est sans importance, la vie si’.

CAROLE EST ENCEINTE, ELLE FAIT DU YOGA

Carole a suivi occasionnellement des stages d’ashtanga avec moi. Un jour elle me contacte, m’annonce qu’elle est enceinte de 3 mois. Pendant ces 3 mois, elle a laissé le yoga de côté mais elle désire maintenant s’y remettre. Elle a tenté de reprendre les cours guidés d’ashtanga qu’elle avait l’habitude de prendre, mais l’expérience lui a été désagréable. Elle n’abandonne pourtant pas l’idée d’entretenir une pratique de yoga dynamique, les cours de yoga prénatal ne la tente pas du tout. Elle aimerait suivre des cours collectifs avec moi. C’est ce qu’elle a fait, sa grossesse arrive à terme au moment où je vous écris. Je lui ai demandé de témoigner de son expérience, elle a gentiment accepté. Je lui ai aussi demande de prendre la pose, elle a tout aussi gentiment accepté. Elle est tout bonnement rayonnante.

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LG : Avant d’être enceinte, QUELLE ÉTAIT ton expérience du yoga?

Carole : Avant d’être enceinte je pratiquais le ashtanga yoga environ 3 fois par semaine en cours guidé. J’essayais de faire régulièrement des stages. Je commençais même à apporter mon tapis de yoga en vacances. Et j’avais envie de m’inscrire à un cours de ‘mysore’ pour privilégier l’auto pratique.

LG : QU’EST-CE qui a changé avec le yoga quand tu es tombée enceinte.

Carole : Dès que j’ai appris que j’étais enceinte, sur les conseils d’un professeur de yoga, j’ai complètement arrêté ma pratique pendant les 3 premiers mois. De toute façon j’étais trop fatiguée pour poursuivre ma pratique. Après ce 1er trimestre de grossesse, j’ai retrouvé de l’énergie et mon tapis de yoga me manquait (je suis accro à Instagram et je continuais à suivre les comptes de nombreux profs à travers le monde).
Mon 1er réflexe a été de me remettre au ashtanga, mais ma prof habituelle venait de partir en Inde pour deux mois. Je ne me sentais pas forcément en confiance avec un nouvel enseignant mais j’ai tout de même essayé un cours dans mon ancienne école.
J’étais arrivée à un stade de ma pratique où je sentais de véritables évolutions s’opérer dans mon corps, mes postures. En étant enceinte, je devais éviter les torsions, les inversions, les équilibres et j’étais forcément contrainte sur les flexions en avant. Au final je n’ai pas réussi à apprécier ma séance et mon esprit s’est concentré sur mes nouvelles limites physiques:  je suis ressortie de ce cours très frustrée.
Je me suis alors dit qu’il fallait que je trouve un autre type de yoga, plus adapté à ma grossesse. J’avais déjà pris un cours de Prana Flow et avait participé à quelques stages avec toi, je me sentais donc en confiance.

LG : Pourquoi vouloir garder le yoga pendant ta grossesse?

Carole : Parce que je suis accro ! Il était hors de question d’arrêter le yoga. Cette pratique fait maintenant partie de ma vie.

LG : Pourquoi ne pas t’être orientée vers le yoga prénatal?

Carole : Parce que je craignais que les cours soient trop « mous ». J’aime le côté physique de la pratique dynamique du yoga, et comme j’ai vécu une grossesse en pleine santé, j’avais envie de continuer une pratique « normale ». Et également les cours de yoga prénatal sont souvent programmés à des horaires impossibles quand on travaille en entreprise. Je pense essayer des cours de yoga post-natal pendant mon congé maternité.

LG : EXPLIQUE-NOUS Comment le yoga a  favorablement Accompagné les changements en toi.

Carole : Je suis très active et j’ai beaucoup de mal à ne rien faire. En temps normal, en plus du yoga, j’essaie d’aller courir une fois par semaine. La course étant fortement déconseillée pendant une grossesse, ce cours hebdomadaire de yoga était ma bulle de décompression et de bien-être. Sentir que je pouvais faire la majorité des postures était très stimulant : je ne me sentais pas « handicapée » par mon ventre qui grossissait au fil des semaines. Je n’ai quasiment pas eu les jambes lourdes, ni mal au dos et je pense que c’est en grande partie dû à ma pratique régulière du yoga. Quand vous êtes enceinte, tout le monde fait très attention à vous et vous demande sans arrêt « ça va, pas trop fatiguée ? » : bien sûr qu’on est fatiguée !! Mais j’ai aimé me sentir « forte », pleine d’énergie en suivant ce cours où j’étais la seule femme enceinte.

Namasté Carole.
Au plaisir de rencontrer ton bébé yogini (et oui, c’est une fille) ❤