LE NOMBRE POUR LE DIRE

Si vous pratiquez une forme de yoga plutôt traditionnelle, vous aurez peut-être entendu parler du nombre 108 comme d’un nombre symbolique, voire sacré pour l’aspirant yogi. Quand on demande de quoi il est le symbole, on nous livre souvent une explication ésotérique. Enfin quand je dis une, je suis dans le faux. Faites une recherche sur le Net et vous aurez des dizaines de versions.
Depuis le coin cuisine d’où je vous écris, je partage les infos du 108 qui m’interpellent et je vous dis pourquoi.

108, c’est le nombre de perles de bois que compte un mala traditionnel utilisé par certains pratiquants de méditation. Je m’en étais procuré un il y a longtemps et mon amie Pam m’en a offert un très simple et très beau après son premier voyage en Inde. J’aime les cadeaux.

Claude Lafleur (québécois donc), journaliste scientifique, nous explique sur son site Internet que si on imaginait notre système solaire  à échelle humaine et que le soleil avait la taille d’un ballon, alors Vénus serait un grain de raisin posé à 108 mètres du Soleil. Venus, c’est la déesse de l’amour quand même. C’est pas rien.

108, c’est aussi le nombre de points de jonctions vitaux dans le corps humain. Ils se situent à des points de convergence de différents tissus musculaires avec des articulations, artères, veines, nerfs et canaux d’énergie subtils. Ils constituent des zones extrêmement vulnérables et sont des portes d’accès à des espaces du corps subtil qui agissent sur l’activité organique. On les appelle points de marma. Ils sont étudiés et utilisés en kalaripayyat (art martial Indien) et en thérapie ayurvédique par le massage. Même si la cartographie du système de marmas peut refléter celle de l’acupuncture chinoise, les deux systèmes ne sont pas identiques.

Je me suis replongée dans ce livre de Shandor Remete, Shadow Yoga, Chaya Yoga, récemment. C’est par ce livre que j’ai entendu parler des points de marma pour la première fois il y a plus de 10 ans. Je reprends le livre en main quand je cherche des pistes de lecture me concernant. Il y a peu, j’ai repris le livre en main pour lire la cartographie particulière de la poitrine, de l’aisselle et du bras parce que cette partie de mon corps a besoin d’une attention toute particulière. J’ai besoin d’une carte qui me permette de naviguer dans une toute nouvelle expérience, celle de la maladie.

© Shandor Remete – Shadow Yoga, Chaya Yoga

Suite a une série d’examens en août dernier, on m’a diagnostiqué un cancer du sein. Ce fut un choc, la toute première mammographie que j’avais faite en 2017 ne laissait rien présager de la sorte. J’ai subi une opération en septembre. Le 11. Quelle ironie, une déflagration historique, intime cette fois. J’ai commencé la radiothérapie cette semaine. Le protocole durera jusqu’aux fêtes de fin d’année. Je prends chaque jour comme il vient.

Comme je vous le disais, je vous écris ce mot dans mon coin cuisine. Je ne savais pas comment vous annoncer cette nouvelle. Sur les réseaux sociaux j’avais évoqué l’hôpital et la peur que ca m’inspirait et depuis, je cherchais une manière d’amener la chose. C’est en installant mon ordi sur la table de cuisine que je lève le nez pour en voir où en est la lessive que j’ai lancée un peu plus tôt et que je lis 108 minutes restantes. Le sacré dans le quotidien. Du vrai tantra!

J’en profite pour ajouter que je maintiens les stages marseillais programmés fin 2019 (ainsi que mes cours hebdos). Amis parisiens, je ne peux pour l’instant rien programmer. Attendons décembre pour voir ce qui sera possible de faire en 2020. Et merci infiniment à toutes les personnes qui m’ont posté des messages de soutien sur les réseaux sociaux. Je considère que plus qu’une expérience de la maladie, c’est une expérience humaine que je vis. Merci pour ça. ❤️

DANS ESPRIT YOGA, JE PARLE SUIVEURS

Dans le numéro 37 de Esprit Yoga, vous me lirez page 94. Je parle des critères d’appréciation des enseignants de yoga qui reposent de plus en plus sur leur notoriété sur les #réseauxsociaux. En espérant que vous aurez envie de me lire dans le magazine. Le numéro 38 parait bientôt (22 juin) et rien que pour vous un avant-goût : je vous y parle du yoga sexy et du corps des femmes dans l’imagerie du yoga contemporain. Bientôt un extrait sur le blog.

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Laurence Gay Yoga – http://www.laurencegay.com

LE GHEE DIMINUE LA TOLERANCE AU CYNISME

Mardi 21 mars 2017 – Laurence Gay.

Après plusieurs tentatives infructueuses et à défaut d’avoir du temps, j’avais abandonné l’idée de me préparer mon ghee maison. Kesako? Le ghee, ou beurre clarifié, est très prisé en Ayurvéda parce qu’il est dit qu’il nourrit le corps et l’intellect en agissant au niveau cellulaire. Cette année, mes emplois du temps sont décousus et j’ai pris le temps de m’atteler à nouveau à la préparation de ce nectar. Pourquoi maintenant? Parce que primo, la boite de ghee tout prêt qui traine dans ma cuisine s’est finie et que chez l’épicier exotique de Noailles, ils n’avaient que des gros formats de boites, trop chers. Et deuzio, j’ai besoin de ghee pour cuisiner mon kitchari salvateur en cette sortie d’hiver.

Au printemps et à l’automne, je procède à un rééquilibrage digestif en suivant les principes de l’Ayurveda. Je suis en plein dedans depuis mon retour du week-end de stage à Paris de la mi-mars. Certains se demandent quand je vais leur balancer la recette du ghee. Vous allez être déçus. Je vous communique toutefois le lien de ce site canadien ‘healthyfoodie‘ où j’ai trouvé la recette pas à pas du ghee. Si je n’ai pas raté mon coup cette fois-ci, il n’y a pas de raison que vous ne réussissiez pas vous-même. Parole d’une nulle en cuisine qui s’assume.

Alors que j’ai entamé mon programme de réactivation du feu digestif, j’ai les idées plus claires et le regain de discernement subtil s’est fait sentir dès le week-end passé. Je vous raconte.

Samedi dernier donc, je suis allée au festival Babel Med Music à Marseille et j’ai eu un choc musical à m’en donner la chair de poule en écoutant Betty Bonifassi. Cette artiste interprète des chants d’esclaves sur une musique rock-pop. Musicalement aboutie, vocalement incarnée, la prestation était magistrale. Le concert a commencé avec un solo de guitare électrique lancinant avec lequel la chanteuse a entamé un dialogue. J’ai physiquement frémi. Betty Bonifassi a dit de ces chants qu’ils étaient de la beauté surgie de l’horreur et je dois dire que Betty elle me l’a communiquée cette beauté, jusque dans ma chair.

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©Betty Bonifassi

Dans un de ses modules de formation, Shiva Rea nous parle du principe de rasa. Pour le comprendre, elle évoque l’origine du concept dans le domaine artistique Indien. Rasa est alors décrit comme un état d’absorption complet de l’artiste et des spectateurs. Quand on cultive rasa, l’esprit pensant se tait et la sensation pure pulse dans tout le corps. On peut dire que Betty, elle s’y connait en rasa.

A la sortie de ce concert, je retrouve des amis d’amis qui y avaient aussi assisté. Quelques échanges sur nos impressions et il s’en trouve un qui ajoute son « Oui, mais » en parlant d’un manque de ceci et d’un manque de cela. J’aurais laissé ses propos sans suite si ses remarques étaient autre que ce qu’elles étaient. Si ces propos étaient autre chose que du cynisme. J’ai senti le ghee couler dans mes cellules. J’ai répliqué, argumenté puis me suis mise en route pour un autre concert qui avait lieu dans une salle annexe, sans rentrer dans le jeu des joutes discursives qui n’ont pour objet que de savoir qui a raison. Il n’y avait ni agacement, ni colère en moi, juste de la clarté et la volonté farouche de la préserver.

L’Ayurvéda nous apprend qu’agni, le feu digestif, est présent certes dans le système digestif, mais aussi dans la peau, dans la vision et dans l’intellect. Ce concert et la discussion qui s’en est suivie m’ont fait sentir le regain d’agni de manière tellement sensible. Je crois qu’il est nécessaire de maintenir ce feu vivace pour ne pas laisser le cynisme auto-induit ou extérieur dévaloriser, rapetisser voire annihiler tout ce qu’il vise. Le cynisme est toxique. Plus encore le cynisme intellectuel. Il veut écraser l’intuitif de toutes ses forces. Et bien vous savez quoi? Je ne le laisserai pas faire. Quand la beauté me traverse, je la suis.