DECRYPTAGE PSYCHO DU YOGA : LA PEUR

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via Facebook de Stephen Ellcock

 

Marseille, le mardi 25 septembre 2018.

La peur. D’après T.K.V. Desikachar (Source : The Heart of Yoga), elle est identifiée dans les Sutras de Patanjali comme l’une des quatre ramifications d’avidya. Avidya est la perception biaisée, l’appréciation erronée d’une chose. Les conséquences des actions entreprises sous le joug de la peur ont de grandes chances de nous être préjudiciables, à nous-mêmes ou à notre environnement.

« Dans la nature il n’y a ni récompense ni punition, mais des conséquences. » – Robert G. Ingersoll

D’après Christopher Madden (Source : Where are we, what are we, why are we? And why do we wnat to know?), la peur est l’émotion numéro un quand il s’agit de nous garder en vie. Il dit que bien qu’étant l’animal le plus intellectuel, l’humain se base sur ses émotions pour agir dans la plupart des cas. Contrairement à ce que l’on aime croire, les gens n’intellectualisent pas du tout les choses quand ils envisagent quoi faire. Ils agissent le plus souvent, voire tout le temps, en fonction de ce qui les démange et ils rationalisent leurs actions après coup. Madden dit de la peur qu’elle est plus puissante que la convoitise ou l’agressivité dans le registre de nos émotions primaires. La peur est en lien avec la survie immédiate. Elle induit un stress qui mobilise les capacités de l’organisme à fuir un danger de mort.
Dans des contextes de vie où le risque de mort imminente n’est pas la norme (comme celui dans lequel vous évoluez je l’espère), l’émotion de peur se décline plus ou moins consciemment sous la forme du doute sur sa propre place dans la vie, de la peur du jugement d’autrui ou de la peur de vieillir nous dit Desikachar.
Le processus de yoga vise notamment à clarifier notre appréciation de ce qui est dans le souci de diriger le mental avec la précision d’un laser : sans parasitage, ni discontinuité. La peur, l’un des agitateurs de la famille avidya, semant le trouble, le processus de yoga vise à diminuer son emprise sur nos perceptions de la réalité.
OK. Plus simple à dire qu’à faire. Mais qui a dit que le yoga était chose facile? Et puis qui a dit que ce qui était facile était souhaitable?  Nous sommes complexes. Ce qui a deux implications. Certes, on a souvent du mal à y voir clair en nous-mêmes, ce qui n’est pas sans faire de nos vies des fleuves pas tranquilles dans la realité. En même temps, nous sommes dotés de cette mystérieuse conscience de nous-mêmes. Alors oui, en nous observant avec sincérité, nous pouvons mettre le doigt sur les vrais ressorts de nos actions et s’il s’agit de la peur, parce qu’elle a une origine tellement viscérale, il faut une grande délicatesse et de la patience. Je ne suis pas certaine que les peurs se surmontent, je pense qu’elles s’apprivoisent.
Je m’explique. Dans votre pratique personnelle, que ce soit de l’ordre du postural ou du méditatif, si l’émotion de peur survient, je pense qu’il faut abandonner l’idée de la briser et plutôt l’accueillir sans la laisser nous déborder. En tant que professeur, si vous la percevez chez un pratiquant, je pense qu’il vaut mieux lâcher les discours du dépassement de soi et créer un espace (postural ou méditatif) où la personne puisse progressivement se familiariser avec la peur et l’envisager sous un autre prisme. Risquer devient alors non plus un rapport de force, mais un acte de fusion. Et je crois que c’est dans cette fusion que la peur peut être déracinée et perdre son emprise de mauvaise conseillère.

« – Magnéto, est-ce vraiment nécessaire d’insuffler une telle peur dans le cœur des hommes?
– Évidemment! Les hommes sont des moutons. Ils répondent à certains stimuli et la peur est l’un des plus puissants d’entre eux. »

LE RETOUR – CONCENTRATION SELECTIVE

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Marseille, le jeudi 13 septembre 2018.

Le retour
Tu as changé d’air, voyagé, puis tu es rentrée. Depuis, tu as désactivé le message en absence de ta boite email, fait mille et une lessives, nettoyé les semelles poussiéreuses de tes chaussures de vacances, fait le tri des produits de la salle de bain, et dans le même élan dans tes tiroirs de vêtements. Tu assures. Tu ne t’arrêtes pas là. Tu discernes. Tu fais du ménage dans ta boite email, tu emmènes à recycler les tissus d’été que tu ne remettras plus et aussi le catalogue IKEA que tu trouves dans ta boite au lettre, parce qu’il y en a marre de ces sollicitations à s’acheter une nouvelle étagère chaque fois que les feuilles s’apprêtent à tomber des arbres. Tu refais le plein de légumineuses et de céréales et tu ressors l’autocuiseur. Tu mets de l’ordre dans ton ventre aussi. Ton esprit est clair. On te sollicite pour un cours de yoga à 7h45. Tu te pointes et tu te tires. Personne ne s’est présenté. Tu restes focus. Tu passes direct à la salle de gym. Tu t’installes dans la pièce vide, déroule ton tapis, tu t’organises autour de ta routine au sol du moment. Fini. Tu te dis que tu pourrais faire 20 minutes de vélo. Tu remets tes chaussettes, tu enfiles une chaussure et tu réalises que l’autre ne lui ressemble pas. Rires. Pensée éclair pour Pierre Richard et son aplomb en pareilles circonstances. Tu reformules. Tu te dis que finalement tu es focalisée, mais sélectivement. Oui, c’est ça, je fais dans la concentration sélective. Pour la planète, je vais à l’essentiel.

A très vite!