ORNIERES KARMIQUES – BOUDDHA ET LES GILETS JAUNES

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Marseille, mercredi 5 décembre 2018

Ce matin. Une de ces coïncidences qui n’en sont pas. Sur le compte facebook fascinant de Stephen Ellcock, je tombe sur cette image des empreintes sculptées des pieds de Bouddha. Observez le détail sur les talons, le centre du pied et chacune des phalanges des orteils. Ce ne sera pas sans faire tilt auprès de ceux qui me côtoient au yoga (inside joke : les petites têtes de tortue 🐢, entre autre).

Bon, on est d’accord, Bouddha c’est l’un des ‘badasses’ du développement personnel. Dans son cas, ce n’est plus du développement mais de l’accomplissement. Nous, on va rester plus humbles et continuer d’explorer les microcosmes que nous sommes.

La légende dit que Bouddha a connu sa révélation spirituelle en méditant au pied d’un arbre. Je me dis qu’en plus d’être une anecdote, ça se veut aussi peut-être être une métaphore. On ne peut pas se grandir sans une présence et un engagement à l’égard de la terre. La métaphore serait convenue et évidente? Pourquoi alors ne le vivons-nous pas?

Hier soir, j’ai suivi plusieurs débats concernant les mouvements de manifestation des gilets jaunes qui se déroulent en France depuis quelques semaines. Les invités étaient d’horizons divers : des politiques, des analystes, des journalistes, des manifestants. Hormis les considérations de gouvernance, je retiens de ce que j’ai entendu le détachement du monde rural (et donc de la terre), la privation de mobilité et la dislocation de notre corps social.

Si on décrivait une personne de la sorte, on pourrait parler d’un muladhara chakra défaillant. Le socle psycho-énergétique racine n’est pas en mesure de jouer son rôle vital de fondation et d’alimentation. La marche d’appui de développement de soi est bancale et dangereuse. La personne n’a plus pied, perd confiance. Les élans viscéraux prennent le pas : peur, colère, violence. Or hier soir, on ne parlait pas d’une personne en particulier, on parlait d’un ensemble de personnes, on parlait de l’organisme que nous constituons, on parlait d’un ‘nous’ qui n’avait pas la même signification dans la bouche des uns et des autres, le ‘nous’ des uns étranger au ‘nous’ des autres, on parlait de notre société.

Pendant les échanges télévisés, le reproche de l’héritage d’un laisser-faire politique a été fait. Les empreintes qu’ont laissées les gouvernants précédents sur le chemin qui nous mène à aujourd’hui s’apparentent plus à des fossés qu’autre chose. On ne cultive rien dans les ornières. Au mieux, avec un tout-terrain, on roule dessus, en y creusant des ornières plus profondes encore ; au pire, avec un véhicule moins performant, on s’y embourbe, on y panique, on s’y énerve, on s’y épuise, on y sombre.

Ce n’est sans doute pas une coïncidence non plus que les manifestations pour le climat ou celles contre la violence faite aux femmes ou encore celles contre le mal-logement à Marseille prennent de l’ampleur et que leurs voix se mêlent aux colères d’ordre social. La racine est bien commune. On parle de terre, d’organisation de la vie et d’évolution humaine.

MATIERE A VIBRATION

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Source : www.cymascope.com

Marseille, le 5 novembre 2018.

J’ai eu la chance de grandir avec de la musique dans ma maison. L’un de mes parents était fan de blues et de jazz. Ça reste en vous ce genre de choses. La mode dans le yoga est aux immersions dans des bains sonores. Ça peut paraître farfelu pour certains, et pourtant. La musique, les sons, sont des vibrations. Les vibrations entretiennent une relation particulière avec la matière. Si vous creusez un peu dans les textes scientifiques ou philosophiques qui traitent de la nature primordiale des choses, les vibrations seraient à la naissance de tout. Nous percevons les vibrations, selon leurs fréquences, comme une couleur, un son ou de la chaleur. Nous les ressentons aussi comme émotions. Des textes nous disent aussi que nos pensées et nos paroles sont chargées d’une vibration propre.

Sur l’image qui accompagne ce post, on voit des notes de musique rendues visibles. C’est juste fascinant. Ce partage m’a été inspiré par un artiste dont la musique m’accompagne souvent. J’ai appris hier son décès. Il s’appelle Roy Hargrove. Apprendre qu’il était parti m’a fichu un choc. Je l’ai vu jouer live au Jazz des Cinq Continents à Marseille cet été et au New Morning à Paris il y a plusieurs années. Il incarnait quelque chose de vrai et de beau. Je me rappellerai toujours ce concert parisien, il y a eu un moment pendant le set où je me suis sentie tellement happée que j’ai cru le temps suspendu. Un alignement parfait, magique. Punaise! C’est rare et précieux des moments comme ça. Je lui dis merci.

Je l’ai déjà écrit sur mon mur Facebook perso hier, mais je le réécris ici. Après avoir appris que Roy Hargrove nous avait quittés à l’ȃge de 49 ans, j’ai lu foule de témoignages d’artistes ou de personnes qui l’ont côtoyé. Et l’empreinte sonore et humaine qu’il laisse m’a rappelée de manière foudroyante deux choses. Donner le meilleur de soi. Le faire maintenant parce que demain n’existe pas.

Visuel découvert sur le site http://www.cymascope.com

LE RETOUR – CONCENTRATION SELECTIVE

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Marseille, le jeudi 13 septembre 2018.

Le retour
Tu as changé d’air, voyagé, puis tu es rentrée. Depuis, tu as désactivé le message en absence de ta boite email, fait mille et une lessives, nettoyé les semelles poussiéreuses de tes chaussures de vacances, fait le tri des produits de la salle de bain, et dans le même élan dans tes tiroirs de vêtements. Tu assures. Tu ne t’arrêtes pas là. Tu discernes. Tu fais du ménage dans ta boite email, tu emmènes à recycler les tissus d’été que tu ne remettras plus et aussi le catalogue IKEA que tu trouves dans ta boite au lettre, parce qu’il y en a marre de ces sollicitations à s’acheter une nouvelle étagère chaque fois que les feuilles s’apprêtent à tomber des arbres. Tu refais le plein de légumineuses et de céréales et tu ressors l’autocuiseur. Tu mets de l’ordre dans ton ventre aussi. Ton esprit est clair. On te sollicite pour un cours de yoga à 7h45. Tu te pointes et tu te tires. Personne ne s’est présenté. Tu restes focus. Tu passes direct à la salle de gym. Tu t’installes dans la pièce vide, déroule ton tapis, tu t’organises autour de ta routine au sol du moment. Fini. Tu te dis que tu pourrais faire 20 minutes de vélo. Tu remets tes chaussettes, tu enfiles une chaussure et tu réalises que l’autre ne lui ressemble pas. Rires. Pensée éclair pour Pierre Richard et son aplomb en pareilles circonstances. Tu reformules. Tu te dis que finalement tu es focalisée, mais sélectivement. Oui, c’est ça, je fais dans la concentration sélective. Pour la planète, je vais à l’essentiel.

A très vite!