EN ATTENDANT LA VAGUE

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« Ca prend la forme de vagues » – instagram : @peace_love_lignt

Pas si vague vibration. Approche du solstice d’été. Drôle de cycle en pleine transmutation. J’écoute le clapotis et guette l’horizon. Je ne surfe pas mais on sent comme une vague pas comme les autres en approche. Ça parle à d’autres? Vous me lirez moins sur les réseaux sociaux dans les prochaines semaines. Je vais privilégier le blog et les rencontres en analogue. Je vais passer du temps de yoga avec des groupes de gens bien sympas en Grèce début juillet, puis avec deux autres groupes avant la mi-juillet puis fin août à Marseille. Le reste du temps sera un tête à tête entre l’horizon et moi. Message d’absence à programmer. Recentrage. Je vais me concentrer sur la ligne d’horizon et laisser l’espace faire son job. #laurencegayyoga #yogaenmouvement

ARRETONS AVEC LES CLICHES DE YOGA

A la rentrée, en diverses occasions, on m’a demandé des photos de moi en position de yoga et des portraits. Les clichés dont je dispose ont déjà pas mal servi alors j’en ai profité pour me livrer à cette expérience que je déteste : me faire tirer le portrait. Je déteste ça parce que je ne suis pas une poseuse.

Quand je pose pour une photo, on me demande sans cesse d’être autrement que ce que je suis. Quel paradoxe! Alors que ça fait des années que je travaille à la découverte et conquête de ce que je suis vraiment, vous me demandez de dévier la trajectoire pour me conformer à ce qu’on attend de moi sur pixels!

Qu’attend-on de moi (et du yoga) sur pixels ? Bah que je m’adapte à l’imagerie d’Epinal qui va avec. « Ca ne te ressemble pas, tu as l’air dur sur cette photo. Toi, tu es douce. Le yoga, c’est apaisant. » ; « Quelque chose de plus pimpant, pétillant. Souris, c’est quand même mieux. »

Deux mots se précipitent : stéréotypes et projections. Je voulais partager avec vous deux photos de yoga et vous en dire plus sur la personne qui pose.

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Image : ©laurencegay.com

Cette photo a été prise par Alexandre. Je suis arrivée au studio de prise de vue après avoir trop peu dormi. J’avais passé une nuit effroyable. Je n’avais pas arrêté de pleurer. Mon petit ami de l’époque était violent. Nous avions eu une forte dispute toute la nuit. Alexandre et son assistant ont été super gentils et m’ont aidée à me détendre un peu. C’était il y a 7 ans.

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Image : ©jacdemars

Cette photo a été prise cette année par Jacques. Cette session photo a du être organisée début septembre, assez vite. Il y a avait urgence à fournir les images aux personnes concernées. J’aurais pourtant préféré les faire à un autre moment. Je n’avais pas la tête à m’entendre dire qu’il fallait sourire. Je m’étais répété ça pendant presque un an. J’en avais assez. A peine deux semaines auparavant, j’avais dû prendre la décision de rompre ma relation amoureuse et déménager mes affaires de chez l’homme dont je me séparais. Une décision difficile ; une relation unilatérale ; j’étais en train de me perdre. Depuis, je suis hébergée chez une amie.

il y a sept ans, si je n’avais pas été suffisamment « dure », j’aurais pu y rester. Cette année, ma vie rentre facilement dans quelques cartons usés par les déménagements. Sans le soutien de mes amis, je serais à la rue. Comprenez que la gravité d’une situation peut se lire aussi sur un visage.

Arrêtons avec les clichés de yoga. Arrêtons de façonner une perception trompeuse de ce que l’on pratique. Nos vies ne sont pas faites de successions de salutations au soleil langoureuses à Bali. Tout le monde essuie des revers, tout le monde tombe à terre, tout le monde repart de zéro à un moment ou un autre. Les profs de yoga aussi. Et laissez-moi vous dire qu’il y a du yoga dans tout cela. Ma pratique de yoga (asana, pranayama, méditation et tutti quanti) maintient mon corps solide, me permet de laisser émerger ce qui est, de me détacher des scenarios « Et si … » et de ne pas sombrer dans le pathos. Et une autre chose de yoga merveilleuse prend corps : le soutien inattendu de personnes proches (mais pas que) qui m’a permis de réaliser que j’ai la chance d’avoir tissé des liens qui ont une importance indicible. Je tiens aussi à ajouter qu’enseigner le yoga, et j’entends par là créer le cours et le dispenser, fait aussi partie de l’équation. Je ne trouverais jamais les mots suffisamment puissants pour communiquer à tous ceux que j’ai le privilège de côtoyer sur les tapis que l’intérêt que vous manifestez en accueillant ce que je vous propose et l’enthousiasme, la gentillesse et la vulnérabilité dont vous faites preuve pendant les sessions donnent un sens profond a ce que je suis et ce que je fais. Et, sans le savoir, vous me faites relever la tête et garder le cap quand des expériences intimes me bouleversent et me font douter.

Lorsque vous choisissez de publier des photos de yoga, avant de la poster, posez-vous la question de votre intention. Et là, je formule un souhait pour que collectivement, on fasse évoluer les choses.  Je souhaite qu’à l’aide des images de yoga que nous choisissons de publier, nous racontions une histoire, une histoire qui est la nôtre, une histoire qui peut nous relier aux autres. Je souhaite qu’on arrête de se forcer à sourire ou à poser sur les photos de yoga et qu’on ait enfin des choses vraies à partager et pas de leçons a donner. Les apparences clivent, les histoires elles, rassemblent.

LE BON PAIN, LE PRANAYAMA ET L’HERITAGE

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Photo : Jlhopgood

Marseille, le mercredi 22 novembre 2017.

Ce matin, je me rends à la boulangerie Maison Saint Honoré au 131 rue d’Endoume. LA boulangerie qui m’a réconciliée avec le pain. Alors que je passe le pas de la porte, un client remet à la boulangère un sac cadeau discrètement orné de fleurs fraiches et lui lance : « Joyeuse fête Cécile! » La boulangère est interloquée. Elle ne connait apparemment pas ce monsieur plus que ça. Il doit être un client fidèle toutefois car elle connait son prénom. « Merci Gérard. Et en plus c’est aussi mon anniversaire… » Elle est visiblement émue et stupéfaite. « Mais c’est moi qui vous remercie. » lui rétorque-t-il. « Merci pour votre gentillesse. » ajoute-t-il. « Je vous fais la bise pour vous remercier. » finit-elle par répondre. Ils s’embrassent, ils se souhaitent une bonne journée. Il repart en direction de la sortie, sans achat. J’en conclus qu’il était passé à la boulangerie uniquement pour lui remettre son cadeau. Il s’apprête à passer la porte. Elle vient vers moi pour me servir. Elle ne trouve pas ses mots, elle me regarde, incapable de me parler, elle s’adresse a lui : « Je suis émue. » Il lui répond : « Soyez émue… » il repart en lui lançant un franc sourire.

Je lui dis : « Et oui vivez cela, recevez-le. » Elle sourit, encore sous l’émotion. Elle me dit « C’est tellement gentil ce cadeau ». Je lui dis que je partage l’avis du monsieur, que le pain que cette maison fait est vraiment hors du commun et qu’en boutique j’ai été servie par différentes personnes tout aussi gentilles les unes que les autres. Et j’ajoute : « Vous n’imaginez pas la différence que vous faites dans le quotidien des gens. » Elle me répond : « C’est tellement rare de nos jours. » Je nuance : « Je ne crois pas que ce soit rare. C’est juste qu’on oublie la gentillesse. Des gens comme ce monsieur nous la rappellent » et je lui lance un joyeux anniversaire avant de préciser le pain que je souhaitais acheter.

On n’imagine pas la différence qu’on fait dans le quotidien des gens.

Ca m’a fait penser aux mots employés par Oprah Winfrey quand elle mentionne un échange qu’elle avait eu avec son mentor Maya Angelou. Oprah confiait à cette dernière qu’elle estimait que l’école qu’elle ouvrait en Afrique du Sud serait ce qu’elle laisserait en héritage [au monde]. Ce à quoi Maya Angelou répondit : « Tu n’as aucune idée de ce que sera ton héritage. Ton héritage. c’est ce que tu fais chaque jour. Ton héritage c’est chaque vie que tu touches, chaque personne dont tu as bousculé la vie, ou pas. C’est chaque personne que tu auras aidée ou blessée. C’est ça ton héritage. »

Mes synapses encore chaudes rétablissent une autre liaison, avec le livre de Desikachar : The Heart of Yoga. C’est un passage que j’ai partagé avec les participants au module d’approfondissement de novembre. Ce passage, Desikachar l’amène en conclusion de ces explications sur le pranayama. Il dit que les fruits du travail de pranayama ne sont pas instantanés. Il dit que ces changements, on les observe, graduellement, par une évolution de notre état d’esprit. Il précise : « Les changements d’état d’esprit s’observent avant tout dans nos relations aux autres. Les relations sont révélatrices de la compréhension que nous avons de nous-mêmes. »

Je relis mon texte et je constate ce qui suit : le bon pain, le pranayama et l’héritage y ont tous trouvé leur place. Qu’ont-ils donc en commun? Peut être que leur dénominateur commun ce sont les gestes, les gestes du quotidien. Les gestes experts et bon-veillants de l’artisan ; les gestes magiques et organiques du corps qui se contracte et qui s’ouvre ; toucher ; donner et saisir.

C’est fou ce qu’on peut faire avec nos mains, avec nos battements de coeur, avec nos mots, avec nos sourires, avec notre attention. On façonne la vie.