PHOTOGRAPHE DE YOGA : KIA

Marseille, le mercredi 7 mars 2018.

Ce post sera bilingue. Mon amie photographe et professeur de yoga, Kia, est suédoise et nous avons échangé en anglais. Cet entretien conclut la série d’interviews que j’ai menées avec trois photographes qui font des images de yoga. Précédemment, Angélique et Anaka nous avaient livré leurs points de vue d’expertes, maintenant c’est au tour de Kia.
Kia enseigne à Paris, nous nous sommes rencontrées il y a un million d’années (à peu près), alors qu’elle n’avait pas encore ouvert son école de pratique du yoga ashtanga traditionnel à Paris, Mysore Yoga Paris. Je ne vous cacherai pas que je partage la vision d’ensemble que Kia a sur les photos de yoga : elles sont souvent mises au service des égos plutôt que du yoga.

This post will be bilingual. My photographer friend and yoga teacher, Kia, is swedish and we discuss in English. This interview is the conclusion of the series I carried out with three photographers who shoot yoga photos. Angelique and Anaka previously gave us their expert insight on the matter, now is Kia’s turn to do so.
Kia teaches in Paris, we met a million years ago (more or less), she had not opened her traditional ashtanga yoga shala in Paris yet (Mysore Yoga Paris). I won’t lie to you. I share Kia’s overall impression about yoga photos : they often serve egos more than they serve yoga.


1. Depuis quand exerces-tu le métier de photographe et es-tu spécialisée dans un style de photographie?
1. Since when have you been a professional photographer? Are you specialized in a genre?

J’ai commencé mon métier de photographe en 1995.

I started working as a professional photographer in 1995.

2. Depuis quand est-ce que tu as commencé à t’intéresser à des sujets de yoga et qu’est-ce qui t’y a amené?
2. When did you start shooting yoga photos and what led you to it?

C’est en fait la photographie qui m’a menée au yoga. Je faisais un reportage photo à Londres sur l’éclosion de la scène alternative du milieu des années 90. J’ai rencontré John Scott qui, après les prises de vue, nous a invités le journaliste et moi à prendre part à son cours le soir-même. La pratique m’a tout de suite parlé et j’ai commencé à pratiquer quotidiennement.

Photography was actually what led me to yoga. I was shooting a reportage in London about the budding alternative scene in the mid-nineties. I got in touch with John Scott, and after the shoot he invited me and the journalist to his class that same evening. The practice seemed to awaken in me a deep recognition, and I immediately took up a daily practice.

3. Quel œil portes-tu sur les postures de yoga quand tu fais des prises de vue? Comment aimes-tu les mettre en image? Si tu pratiques le yoga ou la méditation, en quoi ton expérience de pratique personnelle te sert ou te guide dans la prise de vue?
3. What eye do you lay on yoga pictures when you shoot yoga poses? How do you like to create these pictures ? As a yoga/meditation practitioner, how does your personal experience guide you or help you?

En tant que photographe, je n’ai jamais eu de penchant artistique pour la photo de yoga en tant que telle. Si je prends des photos de yoga c’est en général pour faire le portrait de quelqu’un ou pour capturer l’énergie et le mouvement de la pratique en train de se faire. Ma compréhension des mouvements respiratoires et du ressenti dans la pratique me guident. Je peux ainsi tenter de capturer la forme interne et pas me limiter à la forme visible de la pose.

As a photographer it has never interested me artistically to shoot yoga poses as such. If I do, it is usually to make a portrait of someone or to capture the energy and movement of the practice as it happens. My understanding for how the breath moves and what is felt in the practice guides me. I can then attempt to capture the inner form of the practice not only the visible shape of the pose.

4. Mêmes questions concernant la prise de vue de cours ou d’événements de yoga?
4. Same questions about shooting yoga events

Je prends rarement des photos d’événements. Les photos qu’on utilise pour Mysore Yoga Paris visent à capturer l’énergie des élèves et de la communauté, la relation professeur-élève et la pratique. Le focus se fait sur les pratiquants, les relations et l’ambiance – mais pas sur une pose en particulier ou un individu en particulier.

I rarely shoot events myself… The photos that we use for Mysore Yoga Paris aim at capturing the energy of the students and the community, the teacher-student relationship and the practice. The focus is turned towards the practitioners, the relationships and the ambiance – not towards a specific pose or persona.

5. Selon toi, les photos de yoga sont-elles un style photographique à part entière? Si oui, quelles en seraient les spécificités?
5. According to you, is yoga photography a genre in itself? If so, what would be its specifics?

Quand je regarde la photographie de yoga avec mon œil de professionnelle et d’un point de vue artistique, j’ai l’impression que sur la plupart des photos de yoga il s’agit de la posture et pas de photographie. Et on n’a jamais vu autant de clichés visuels être utilisés aussi librement* que dans l’univers du yoga. (Note : *référence faite a l’utilisation d’images de yoga sans se soucier des droits d’auteur). De mon point de vue de pratiquante de yoga, je pense que beaucoup de ce qu’on voit sur les réseaux sociaux manque de réelle pertinence pour qui cherche à apprendre plus sur le yoga. Le yoga est une expérience intime et personnelle, mais cette pléthore de photos semble encourager une idolâtrie superficielle en faveur de certains individus plus qu’autre chose. Elles sont publiées comme étant « inspirantes » – Je me demande pour qui et en quoi? Ceci étant dit, c’est un sujet très complexe parce qu’il y a une contradiction inhérente à photographier du yoga. La pratique est censée nous extraire de l’externe et nous guider vers l’interne alors que le support photographique est toujours en deux dimensions et tourné vers la forme extérieure. Il n’y a pas de réponses simples à ces questions.

Looking at yoga photography from a professional and artistic point of view, it seems to me that most yoga photos are about the pose and not about photography. And one rarely sees visual clichés used as freely as one does in yoga photos. Speaking as a yoga practitioner, I also think that much of what´s out there on social media lacks true relevance for those seeking to learn more about yoga. Yoga is an internal and personal experience, while these endless photos of yoga poses seem to encourage superficial idolisation of a persona more than anything. Still they are posted as being “inspirational” – I wonder for whom and to what end? Having said that, this is a very complex subject because there is of course a built-in contradiction in photographing yoga in any manner. The practice is meant to take us away from the external and towards the internal, while photography as a medium is always two dimensional and oriented towards the external form. So there are no simple answers to these questions.

6. Peux-tu partager avec nous une photo de posture de yoga et une photo d’événement de yoga que tu aimes particulièrement et nous dire pourquoi?
6. Would you kindly share with us an image you shot of a yoga pose and an image of a yoga event or class. Could you tell us what you like in them?

Voici des photos de John Scott que j’ai prises pour notre journal « Le Yoga Journal Paris » publié en 2015. Mon but était de capturer la respiration, le mouvement et processus de sa pratique plus que la démonstration d’une posture finale.

These are photos of John Scott I took for our journal “Le Yoga Journal Paris”, published in 2015. My aim was to capture the breath, movement and process of his practice rather than demonstrating a final pose.

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J’ajoute aussi un collage d’images prises à Mysore Yoga Paris par Agathe Philbé, Magnus Naddermier et moi-même. Je travaille rarement avec des images uniques, j’aime au contraire prendre les choses sous des angles multiples pour donner une expérience quasi cinématique de l’énergie dans la salle.

I also attach a collage of images from Mysore Yoga shot by Agathe Philbé, Magnus Naddermier and myself. I very rarely work with single images but instead I like to capture things from multiple angles to give a near cinematic experience of the energy in the room.

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Les autres images sont celles de ma retraite de yoga en Sierra Nevada. Magnus les a prises. Pour moi, elle illustrent l’énergie mais aussi la douceur de mon shala dans les montagnes espagnoles.

The other pictures are from my retreat in Sierra Nevada photographed by Magnus.
To me they transmit the energy but also the gentleness and softness of my shala in the Spanish mountains.

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Crédit photos : @Kia Naddermier

❤ Kia

PHOTOGRAPHE DE YOGA : ANAKA

Précédemment je vous avais présenté Angélique pour qui photographier le yoga était une histoire de coeur, de représentation d’une architecture sacrée et de connexion à la nature. Voici un deuxième entretien avec une autre photographe, Anaka, que j’ai rencontrée en juin 2017 au cours du Bliss Yoga festival. Selon elle, la photographie de yoga est à mi-chemin entre le portrait et la photographie sportive et elle y voit un vecteur de valeurs et d’émotions.


1. Depuis quand exerces-tu le métier de photographe et es-tu spécialisée dans un style de photographie?

Mes premières photos ont été prises quand j’avais 13 ans, dans le Sud-Est de la France, et depuis je n’ai jamais arrêté. Officiellement j’ai créé mon entreprise en 1998, sur Paris, où j’ai passé 8 ans, avant de me diriger vers Bordeaux, où je vis depuis presque 14 ans. Ma spécialisation est la mise en valeur de savoir-faire, couvrir des évènements et le portrait. Ma ligne directrice dans ces différents domaines est de faire surgir la beauté en toute chose, quelle qu’elle soit, et de toujours révéler l’aspect positif de la vie.

2. Depuis quand est-ce que tu as commencé à t’intéresser à des sujets de yoga et qu’est-ce qui t’y a amené?

Autour de la vingtaine, j’ai découvert le Bouddhisme et la Méditation qui me passionnent depuis. Dans ces univers que j’explorais, le Yoga s’est révélé comme une pratique complémentaire qui m’interpellait et m’intriguait, mais sans la tester.
Je pratiquais la Capoeira à l’époque, ( entrecoupé de quelques expériences en Qi Gong et Kung Fu ) et ce, jusqu’à il y a 2 ans, où j’ai arrêté à cause de gros soucis au dos. Je me suis donc naturellement tournée vers le Yoga qui me titillait depuis longtemps ! A cette même période, le désir de faire beaucoup plus de photos dans ces domaines s’est concrétisé de manière significative.

3. Tu étais le photographe officiel de l’édition 2017 du Festival de Yoga de Bordeaux, qu’est-ce que tu as apprécié dans ce travail?

C’était mon premier festival de yoga, et je crois que j’ai tout adoré ! Découvrir la variété des enseignements (les différents potentiels de chaque professeur et les différentes pratiques), sentir toute une communauté vibrer à l’unisson et s’épanouir ensemble, les autres acteurs du Bliss Festival comme le groupe de musique, la cuisine de Mango Chill. Mais par-dessus tout, je crois que l’atmosphère générale de bien-être, les sourires par milliers et spontanés, l’enthousiasme et la joie que l’on ressentait étaient particulièrement appréciables.

3. Quel œil portes-tu sur les postures de yoga quand tu fais des prises de vue? Comment aimes-tu les mettre en image? Si tu pratiques le yoga ou la méditation, en quoi ton expérience de pratique personnelle te sert ou te guide dans la prise de vue?

Sur des séances de photos de postures avec une personne seule, on prépare ensemble ce que l’on va mettre en place pour les photos, c’est un travail d’équipe, pour avoir un résultat optimal qui convienne à tous. C’est aussi le moment pour moi d’être très à l’écoute et de découvrir la personnalité qui sera le moteur de la séance.
Le premier point capital est de veiller avec un grand soin, que les postures soient bien alignées, et je sais que l’intéressé(e) qui pose souhaite la même chose !
Ensuite, j’essaye au mieux de faire ressortir la personnalité du sujet au travers des images par les choix de lumières, de lieux, d’accessoires. Que les images soient en accord avec la personne, qu’elle se sente respectée et bien représentée.
J’aime travailler avec la lumière naturelle, qui offre une gamme infinie de teintes et de nuances d’ombres. Mon attention se porte aussi sur l’harmonie des couleurs qui vont contribuer à la composition de l’image, mais aussi aux symboliques que l’on veut communiquer. Quand c’est en noir et blanc, les matières et les ombres deviennent ma matière pour calligraphier la composition et dessiner des courbes, faire ressortir la gestuelle ou la sensualité. Ensuite, je fais des images de détails qui apportent un autre aperçu. Les mains au sol, en prière, en accroche, les plans serrés sur un dos en extension, les pieds joints, les détails de tenues, de la déco de la salle.
Je cherche à rendre en images tout ce qui m’émerveille, comme une enfant qui découvre, pour faire partager aux autres ces émotions visuelles.
J’utilise mon expérience personnelle pour connaitre les moments clés à capturer. Il est essentiel pour moi de pratiquer l’activité sportive pour pouvoir en faire des photos justes. Pour la Capoeira, c’était identique, la pratique me permettait de savoir quand un mouvement allait surgir et devenir visuellement captivant.
Autre point utile, je peux aussi savoir quelle est la limite pour garder les postures pendant les photos, et c’est apprécié par les modèles qui ne peuvent rester des heures en position ! Je reste attentive aux capacités physiques et émotionnelles, cela permet de faire de meilleures images, en instaurant un rythme de poses respectueux de chacun. L’idée est bien-sûr de ne pas juger mais de mettre en avant les talents de la personne, et qu’elle passe un moment très agréable pendant les photos.
Si j’arrive à faire en sorte que le modèle soit heureux et vive un instant sympa, se sente respecté et valorisé sincèrement, cela va se ressentir sur les photos. Et nous aurons partagé un moment privilégié qui est toujours enrichissant humainement !
C’est ce dernier point qui me motive autant pour donner de l’écoute, de l’énergie positive, de l’attention bienveillante : partager un moment unique et bienfaisant.

4. Mêmes questions concernant la prise de vue de cours ou d’évènements de yoga?

Pendant les cours, la démarche est différente, mais tout aussi passionnante. Je crois que l’élément majeur qui va perdurer sur la séance est d’être la plus discrète possible. J’aime en général chercher un maximum d’angles de vues différents, aussi j’ai besoin de me déplacer beaucoup, mais pendant un cours, je dois faire autrement pour ne pas déranger les élèves et le professeur. Cela signifie que je dois prendre moins de photos que je ne le fais habituellement sur des évènements, mais je dois les faire en me concentrant dix fois plus pour avoir La bonne image sans pouvoir répéter le geste plusieurs fois. Je dois être à l’affut comme un chasseur, pour repérer plus vite ce qui fonctionne, où me placer, quel objectif utiliser à ce moment précis, être très précise dans mes réglages d’exposition et de mise au point.
Cela me rappelle ce temps où je faisais des photos en argentique, avec les films photos qui étaient limités en nombre de vues. Il fallait être très précis avant de déclencher, pas de possibilité de shooter à tout va. C’est un vrai challenge car on n’a peu de temps au final, il faut être très silencieux (et le déclenchement de l’appareil ne l’est pas !), très très précis, on ne peut aller où bon nous semble ( même si parfois j’adorerais me glisser sous un élève pour un point de vue délirant !).

Et je dois aussi repérer les élèves qui sont dans l’inconfort vis à vis du fait d’être pris en photo. Il y a des petits gestes ou des regards qui m’indiquent qu’ils n’aiment pas trop cela, et c’est à moi de les repérer vite et de les respecter.

Enfin, les salles sont souvent en éclairage tamisé ce qui ajoute à la difficulté, même avec des boitiers performants. Bref, un sacré enjeu technique et humain, qui est du coup très stimulant pour moi! C’est aussi l’occasion de montrer à quel point un professeur est attentionné, a du charisme ou a développé un enseignement propre à lui-même. Concernant mon expérience perso, c’est identique, je peux repérer les moments clés à attraper au vol !

5. Selon toi, les photos de yoga sont-elles un style photographique à part entière ou est-ce qu’elle s’inscrit dans un style plus vaste (Par exemple peut-on dire que la photographie de posture relève du portrait) ? SI oui, quelles en seraient les spécificités?

Je pense que les photos de Yoga se développent de plus en plus, et en effet deviennent un domaine à part entière. Il y a toujours eu des photos de Yoga, et l’histoire en témoigne mais depuis quelques années, en Europe du moins ( car aux US, cela existe depuis bien plus longtemps ), les photos de postures augmentent énormément. L’essor de la pratique, la communication autour et l’engouement du public allant croissant, tout ceci contribue à cette augmentation. On peut l’associer à la fois au portrait et à la photo sportive, dans un style défini par des codes liés aux valeurs et aux affinités de cette pratique. Ces codes sont relatifs à la pratique elle-même, à des valeurs d’échange, de respect des autres et de la Terre, parfois lié au végétarisme, définitivement favorisant le bio, vegan ou pas. Mais aussi des valeurs de joie de vivre, de positivité, de pleine conscience. C’est pourquoi j’aime communiquer visuellement sur le yoga mais aussi sur tous ces autres domaines liés et poster des photos d’arbres majestueux, d’abeilles ou de sautillement d’une enfant !

Je ne dis pas que tout est tout rose non plus, mais ce que j’aime dans ce domaine est qu’il y a un courant énorme de personnes (professeurs, photographes, pratiquants, commerçants, agriculteurs, artisans, conseillers, etc … ) qui souhaitent faire dominer ces valeurs, dans la mesure du possible. Et même si il reste un aspect basiquement terre à terre, qui nous oblige à avoir un moyen de payer nos factures, choisir de travailler dans ces domaines permet aussi d’apporter du bonheur aux autres, de faire jaillir de bonnes vibrations et de contribuer à un peu de magie dans ce monde à la fois brutal et merveilleux.

J’adore parcourir les sites, les blogs ou Instagram et être surprise par cette abondance de visuels, et cela me procure un sentiment de contentement de réaliser que de plus en plus de gens sont touchés par ces images. Cela signifie que de plus en plus de personnes vont peut-être pratiquer le yoga et la méditation, et je suis persuadée que c’est bon pour l’humanité et la Terre !
Le seul aspect qui peut être délicat est l’abondance de corps presque parfaits, et parfois sur-sexy, qui peut donner un sentiment d’inaccessibilité à tous ceux qui ne sont pas dans la catégorie. Or le yoga est ouvert, au contraire, à tous les corps, toute les morphologies, tous les âges, et cette diversité démocratique est géniale. J’aimerai la ressentir plus en regardant les photos de yoga. Un autre challenge à relever peut-être ? L’idée me plaît bien !

5. Peux-tu partager avec nous une photo de posture de yoga et une photo d’évènement de yoga que tu aimes particulièrement et nous dire pourquoi?

La photo de posture est celle de mon amie Vérane, super professeur de My Private Yoga Class, et elle exerce à Paris où la photo a été prise. Sur le pont de Bir-hakeim, avec ces colonnes en métal, qui apportent un graphisme athlétique. J’aime cette posture du guerrier, qui symbolise pour moi, le combat pour aller de l’avant, et la force et la souplesse que l’on doit avoir dans la vie. La sérénité et l’aplomb qui se dégagent sur son visage, opposés à la dureté du contexte métallique me plaît aussi, dans ce contraste de sensations suggérées. Elle porte une tenue Yoga Searcher et ce Bouddha rieur amène une petite touche décalée et légère.

MyPrivateYogaClass.13.03.17.BD©ANAKA-48

La photo d’évènement est celle du festival My yoga Pop, qui a eu lieu près de Perpignan, au Château de Valmy, début Octobre 2017. Une première édition organisée par le studio Moving Yoga, et une belle réussite ! Le lieu était fabuleux, l’organisation bien menée, le soleil au rendez-vous, une belle panoplie de profs qui déchirent. Bref le paradis!

La particularité du festival a été de mixer au yoga, des concerts de musique, un cours de danse Indienne, un ‘gong bath’ et de la nourriture de qualité. A découvrir l’année prochaine sans hésiter. Dans cette photo, on peut ressentir l’atmosphère de cette salle incroyable. L’agencement des tapis et la diversité des couleurs apportent un foisonnement stimulant. Tous les participants étaient dirigés vers la scène, et vers Coraline, la professeur de Moving Yoga Perpignan, qui donnait un cours de Yin Healing avec la musique en live jouée par Swann du groupe ELEA. Un moment totalement envoûtant grâce à la musique en direct.

1ereSelYOGA.POP.Jour2.BD©ANAKA-78


Merci Anaka. Pour découvrir le travail d’Anaka, suivez ces liens :

http://www.anakaphotographie.com
https://facebook.com/anaka.anaka12
https://www.instagram.com/anakaphotos/

PHOTOGRAPHE DE YOGA : ANGELIQUE BOUDET

Si vous me lisez régulièrement, vous savez qu’en plusieurs occasions, j’ai exprimé mon opinion sur les photos de yoga qui nous inondent, d’abord en évoquant la sexualisation des corps représentés et plus récemment sur le bon ton de façade.

Depuis plusieurs mois, l’idée me trottait dans la tête de demander à des photographes professionnels, qui ont pris des photos de yoga, quel était leur avis sur la chose. J’ai donc approché trois photographes et leur ai posé une série de questions.

Je vous livre aujourd’hui le témoignage d’Angélique Boudet. J’ai rencontré cette Marseillaise lumineuse à Paris il y a bon nombre d’années, nous sommes devenues amies depuis.

1. Depuis quand exerces-tu le métier de photographe et es-tu spécialisée dans un style de photographie?

J’ai commencé à prendre des photographies et à m’exprimer avec la photographie durant mes dernières années de lycée, autour de 16 ans. J’exerce ce métier depuis mes 20 ans, donc depuis un peu plus de trente ans.

J’ai grandi dans un milieu culturel et artistique, ma mère enseignait l’histoire de l’art, l’anatomie et le dessin et mon père était sculpteur. Après mon baccalauréat, j’ai été très attirée par le cinéma et le montage de film, mais mon souhait d’étudier les techniques cinématographiques ne s’est pas réalisé du fait des très longs délais d’attente pour un stage de formation, et je me suis dirigée spontanément vers la photographie. J’ai étudié et travaillé en même temps avec un photographe ; il travaillait en publicité et réalisait également des prises de vue d’œuvres d’art en studio, de spectacles (au théâtre National de Marseille, à La Criée) ou d’artistes. Ses clients étaient donc variés et je me suis formée à ses côtés en prise de vue et en laboratoire argentique jusqu’à mon certificat d’aptitude professionnelle.

Je ne saurais pas dire si je suis une photographe spécialisée, du moins comme on peut l’entendre : qui ne photographie qu’un type de sujet ; toutefois j’ai des préférences dans les sujets et les thèmes choisis. Et après avoir beaucoup privilégié le portrait et les personnages les premières années, je me suis tournée vers la nature, les ambiances et les lieux. Cette évolution correspond à mon évolution en tant que pratiquante de yoga et au profond changement que cela a impliqué en moi et dans ma vie. Grâce au yoga, mon regard sur les autres et le monde est devenu plus bienveillant, beaucoup plus conscient.

2. Depuis quand est-ce que tu as commencé à t’intéresser à des sujets de yoga et qu’est-ce qui t’y a amené?

Je suis venue à la photographie de yoga grâce à ma pratique de yoga. En 2000, je vivais à Paris et j’ai découvert le yoga grâce à une amie australienne qui ne jurait que par cela ! Cette amie me montrait des postures de yoga et a tellement insisté pour que je pratique aussi le yoga que j’ai fini par aller suivre un cours dans la même école qu’elle. Dès mon premier cours, cela a été une révélation et je n’ai jamais arrêté de pratiquer depuis.
Puis un jour, Caroline Boulinguez m’a proposé de la photographier en vue d’un livre. Je l’ai tout d’abord photographiée en Ardèche, j’y ai réalisé mes premières prises de vues de yoga, en intérieur et en extérieur, en pleine nature. L’une d’elles, de la posture sur la tête – Sirsasana – devant une paroi rocheuse est une belle représentation de la stabilité de la personne dans cette posture devant une montagne inébranlable.

Par la suite, j’ai réalisé de nombreuses photographies de yoga pour mon livre Om, the world of Ashtanga yogis (version papier, version ipad), témoignages de grands enseignants de yoga, anciens élèves de Pattabhi Jois, tels Chuck Miller, Petri Raïsanen, Mark Darby, Anne Nuotio, Tim Feldmann, Radah Warell,… auxquels j’ai posé les mêmes neuf questions.

3. Quel œil portes-tu sur les postures de yoga quand tu fais des prises de vue? Comment aimes-tu les mettre en image ? Si tu pratiques le yoga ou la méditation, en quoi ton expérience de pratique personnelle te sert ou te guide dans la prise de vue ?

J’aime essayer de photographier comme si j’étais la personne qui pratiquait sur le tapis à côté et photographier sous d’autres angles de prise de vue que seulement de face ; c’est à dire aussi de dos, de biais, en plongée. Je cherche à les mettre en image en essayant de transmettre un peu de la sensation ressentie dans la posture, comme si j’étais moi-même en train de faire la posture.

Je cherche également à mettre en lumière, à faire ressortir la dynamique, la circulation de l’énergie. Si le bras est aligné avec le buste et la jambe, je me place suffisamment dans l’axe pour montrer cet alignement, pour laisser transparaître la spécificité de la posture. Est-ce une posture d’ouverture, une flexion? Qu’apporte t-elle profondément et réellement ?

4. Selon toi, les photos de yoga sont-elles un style photographique à part entière ou est-ce qu’elle s’inscrit dans un style plus vaste (Par exemple peut-on dire que la photographie de posture relève du portrait) ? Si oui, quelles en seraient les spécificités?

Selon moi, elles s’inscrivent dans un style, une démarche photographique plus vaste. Faire du yoga c’est rechercher l’unité avec l’univers, l’unité intérieure et avec toute chose. C’est le yoga. Il en va de même en photographie. Cette prise de conscience, cette évolution du pratiquant au fur et à mesure des années de pratique se fait naturellement, avec les Niyamas (comment on agit vis-à-vis de soi même : préceptes de discipline, pureté, contentement, austérité, étude du Soi, abandon à ce qui est plus grand que soi) et les Yamas (comment on agit vis-à-vis des autres : préceptes éthiques, non-violence, dire la vérité, ne pas voler, contrôle des sens, non-possessivité).
Je pense que la photographie de yoga se fait avec le cœur, la pratique du yoga nous amène à ouvrir les yeux sur le monde, sur les autres. Et un photographe de cœur aime » immortaliser » aussi d’autres sujets, la nature, les enfants. Surtout un photographe pratiquant régulièrement le yoga !

5. Peux-tu partager avec nous une photo de posture de yoga et une photo d’évènement de yoga que tu aimes particulièrement et nous dire pourquoi ?

J’ai choisi cette photographie d’Anne Nuotio en urdhva mukha svanasana – le chien la tête en haut – pour son dynamisme, pour l’élan vers le haut, symbolisant l’élan vers toute chose, vers la lumière et la vie. Pour sa grâce, la beauté des courbes, du dos, du cœur ouvert, dans cet instant. C’est un mouvement qui revient de nombreuses fois dans la première série d’Ashtanga Yoga, le haut du corps s’ouvre vers l’avant avant d’aller vers l’arrière dans adho mukha svanasana qui stimule, entre autre, Manipura Chakra, le centre d’énergie du plexus solaire.

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J’ai choisi deux images prises lors d’un atelier de yoga ouvert à tous qui a eu lieu avec Air Libre à Aix en Provence en juin 2009. J’aime tout particulièrement celles des enfants car on y perçoit toute leur innocence, la gaieté, l’insouciance et aussi leur présence entière à l’instant présent. Les enfants sont nos maîtres et nous montrent ce qui est juste, vrai, dans la vie ; j’ai compris cela en étant maman et en suivant l’enseignement de mon propre fils qui m’a amenée à changer profondément, tout comme avec la pratique du yoga. Les bébés sont aussi de véritables yogis et font de nombreuses postures à merveille !

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Bonne pratique à tous et Namasté !
Ce qui veut dire « Mon âme salue ton âme. En toi, je salue cet espace où réside l’univers entier. En toi, je salue la lumière, l’amour, la beauté, la paix parce que ces choses se trouvent aussi en moi. Parce que nous partageons ces attributs, nous sommes reliés, nous sommes semblables, nous ne sommes qu’un. »

Angélique Boudet photography

Angélique Boudet photography (yoga)

Merci Angélique. Je précise que le livre d’Angélique Om, the world of Ashtanga yogis est un magnifique cadeau inspirant à (s’)offrir. J’ai déjà mon exemplaire (dédicacé, rien que ça!) Je l’ai aussi vu chez Yogaconcept au 123 rue de Turenne lors de mon dernier passage à Paris.

 

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Laurence Gay Yoga – http://www.laurencegay.com