UN 22 DECEMBRE

Marseille, la veille du solstice d’hiver 2018

 

C’est fou ce qu’on est prévisibles. Le solstice d’hiver est là et on étend aux fils des réseaux sociaux les slogans soi-disant inspirants qui vont avec : « la lumière renaît, enfin! » On est tellement englués dans notre vision manichéenne de la vie qu’on réclame à corps et à cri la lumière et qu’on l’oppose sans se poser de questions à l’obscurantisme.

 
Posons-nous des questions. La nature est amorale. Elle se fiche pas mal de notre peur du noir, autant qu’elle se fiche de notre aveuglement pour toujours plus de lumière. Elle est complètement étrangère à nos constructions de ce qui est bien ou mal. Les contraires n’existent pas pour nous plaire, ni nous compliquer la tâche. Dans les disciplines comme  le yoga, les contraires se nourrissent l’un de l’autre. L’un ne peut exister sans l’autre. L’expiration sans l’inspiration, l’inspiration sans l’expiration. L’ancrage sans l’élévation, l’élévation sans l’ancrage. L’expansion sans la contraction, la contraction sans l’expansion.

 
L’éloge de l’ombre. C’est le titre d’un livre captivant de Junichirô Tanizaki (1978). Lisez-le. L’ombre y est comprise comme le terrain de jeu de la poésie et du non-dit. L’ombre comme la manifestation sensible et imprévisible du non manifesté. L’ombre comme une expérience esthétique de soi sans enjeu de forme. L’ombre comme un espace au temps infiniment long. L’ombre comme une permission. S’autoriser la pudeur afin d’être au monde en entier. L’ombre comme l’écrin de la lumière.

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En espérant que mes mots seront fertiles dans l’obscurité de l’une des nuits les plus longues de l’année, un 22 décembre 2018, une nuit de solstice d’hiver qui aura l’audace de se parer d’une pleine lune. Quelle impertinente!

Namasté

ORNIERES KARMIQUES – BOUDDHA ET LES GILETS JAUNES

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Marseille, mercredi 5 décembre 2018

Ce matin. Une de ces coïncidences qui n’en sont pas. Sur le compte facebook fascinant de Stephen Ellcock, je tombe sur cette image des empreintes sculptées des pieds de Bouddha. Observez le détail sur les talons, le centre du pied et chacune des phalanges des orteils. Ce ne sera pas sans faire tilt auprès de ceux qui me côtoient au yoga (inside joke : les petites têtes de tortue 🐢, entre autre).

Bon, on est d’accord, Bouddha c’est l’un des ‘badasses’ du développement personnel. Dans son cas, ce n’est plus du développement mais de l’accomplissement. Nous, on va rester plus humbles et continuer d’explorer les microcosmes que nous sommes.

La légende dit que Bouddha a connu sa révélation spirituelle en méditant au pied d’un arbre. Je me dis qu’en plus d’être une anecdote, ça se veut aussi peut-être être une métaphore. On ne peut pas se grandir sans une présence et un engagement à l’égard de la terre. La métaphore serait convenue et évidente? Pourquoi alors ne le vivons-nous pas?

Hier soir, j’ai suivi plusieurs débats concernant les mouvements de manifestation des gilets jaunes qui se déroulent en France depuis quelques semaines. Les invités étaient d’horizons divers : des politiques, des analystes, des journalistes, des manifestants. Hormis les considérations de gouvernance, je retiens de ce que j’ai entendu le détachement du monde rural (et donc de la terre), la privation de mobilité et la dislocation de notre corps social.

Si on décrivait une personne de la sorte, on pourrait parler d’un muladhara chakra défaillant. Le socle psycho-énergétique racine n’est pas en mesure de jouer son rôle vital de fondation et d’alimentation. La marche d’appui de développement de soi est bancale et dangereuse. La personne n’a plus pied, perd confiance. Les élans viscéraux prennent le pas : peur, colère, violence. Or hier soir, on ne parlait pas d’une personne en particulier, on parlait d’un ensemble de personnes, on parlait de l’organisme que nous constituons, on parlait d’un ‘nous’ qui n’avait pas la même signification dans la bouche des uns et des autres, le ‘nous’ des uns étranger au ‘nous’ des autres, on parlait de notre société.

Pendant les échanges télévisés, le reproche de l’héritage d’un laisser-faire politique a été fait. Les empreintes qu’ont laissées les gouvernants précédents sur le chemin qui nous mène à aujourd’hui s’apparentent plus à des fossés qu’autre chose. On ne cultive rien dans les ornières. Au mieux, avec un tout-terrain, on roule dessus, en y creusant des ornières plus profondes encore ; au pire, avec un véhicule moins performant, on s’y embourbe, on y panique, on s’y énerve, on s’y épuise, on y sombre.

Ce n’est sans doute pas une coïncidence non plus que les manifestations pour le climat ou celles contre la violence faite aux femmes ou encore celles contre le mal-logement à Marseille prennent de l’ampleur et que leurs voix se mêlent aux colères d’ordre social. La racine est bien commune. On parle de terre, d’organisation de la vie et d’évolution humaine.

LA REMARQUE DE TROP AU COURS DE YOGA

Marseille, le 12 novembre 2018.

Le fou rire en lisant cette planche! Le pire? J’ai pu m’identifier aux deux protagonistes …

Les aventures de Nina – Pourquoi j’ai arrêté les cours de yoga
Professeur de yoga : « Tu sais quel est ton problème? »
Professeur de yoga : « Tu réfléchis trop. »
Nina : « Désolée, j’ai juste pas réfléchi. »

Source : http://www.ninapaley.com/Book/NinasAdventures.html