LE MONDE D’APRES ? PRISE DE CONSCIENCE EN PLASTOC !

Depuis le printemps dernier, le plastique a redoré son blason en devenant un anti-virus. Pourtant, on nous prévient depuis longtemps, la « plastification » du monde n’est pas sans conséquences. Alors, on fait quoi?

POLLUTION PLASTIQUE : LE DENI DE RESPONSABILITE

Alors que les sonnettes d’alarme tirées par les scientifiques depuis 1997 semblaient enfin avoir provoqué des décisions politiques Européennes et nationales l’année passée, la pollution plastique refait surface dans les médias avec le constat navrant que de nouveaux déchets, les masques et gants de protection contre la propagation du covid 19, sont jetés sauvagement dans nos rues et dans la nature. Force est de constater que les comportements irresponsables des personnes ou des industriels ne datent pas d’aujourd’hui, y compris dans les espaces naturels dits « protégés », et que le recyclage des plastiques tient du mythe plutôt que de la réalité. J’ai tenté de mettre mes idées au clair sur ce sujet complexe de la pollution en mer et des déchets plastique en particulier parce que je n’aime pas nager en eau trouble. Où devrais-je placer le curseur entre responsabilités personnelle et collective?

Au mois de juin, sous un de ces shoots d’endorphine de déconfinement, je me décide à faire une virée a vélo aux Goudes, un spot de Marseille aux portes du parc national des calanques. Envie d’un bain de mer « pur » . Aux abords du joli endroit de baignade sur lequel mon ami et moi avions jeté notre dévolu, je vois une jeune femme scruter le sol. A la main un sac poubelle de 100L. Je la salue. Je suis curieuse. Je l’imagine militante écologiste ; elle s’avère être touriste. Son van est garé à deux pas, face à la mer. Je la crois très tatillonne jusqu’à ce que je regarde la plage de plus près. Il y a des déchets partout. Elle me dit avoir déjà rempli un sac entier d’ordures avant qu’on arrive. On dit que le mistral charrie les saletés de la ville jusqu’aux calanques. Soit. Les mégots de cigarette et la couche bébé souillée qu’elle a mis en sac attestent néanmoins du total irrespect des homo detritus passés par là. Des déchets plastiques flottent sur l’eau de la petite plage. On renonce à s’y baigner. C’est franchement dégueulasse. A défaut de nager, on part crapahuter un peu plus loin, un peu énervés pour ne pas vous mentir. On a fini par vraiment tomber de haut en trouvant aussi des déchets dans le sentier rocailleux. « Le parc national est un outil qui vise l’excellence en matière de gestion d’espaces naturels. » pourrez-vous lire sur le site officiel des calanques de Marseille. On y mentionne aussi «  la solidarité entre l’homme et la nature. » Quelle ironie!

Des déchets ramassés au cours de ma balade dans le parc national des calanques de Marseille

Après les endorphines, l’adrénaline. Le lendemain de ma balade, je lis un article du Guardian du 8 juin 2020 More masks than jellyfish – Coronavirus waste ends up in ocean (Plus de masques que de méduses – Les déchets de la covid 19 finissent dans l’océan) dans lequel on fait mention du collectif français Opération Mer Propre (Sur Facebook : @OperationMerPropre) qui, en mai dernier, a repêché des masques chirurgicaux et des gants en latex sur les fonds marins au large de la Méditerranée. Ca m’a piquée au vif. Je vis à Marseille depuis quatre ans maintenant. Toute l’année, j’ai accès à une parcelle de la Mare Nostrum en un rien de temps depuis chez moi et je considère cela comme un grand privilège. J’ai besoin de comprendre dans quoi je baigne, alors j’ai plongé dans des articles de presse, des podcasts et des documentaires télé.

Le paradoxe de la responsabilité irresponsable

Pendant les mois de confinement, les paradoxes concernant nos comportements n’ont pas manqué. Celui-ci fait déborder ma coupe aujourd’hui : des objets de protection personnelle à base de plastique à usage unique, utilisés à des fins « responsables »  (i.e. protéger autrui d’une contamination à l’issue potentiellement fatale) finissent dans les écosystèmes marins et, in fine, dans nos organismes. Oui. Tout est relié.

La pollution en mer commence sur la terre ferme

80% des déchets que l’on retrouve en mer proviennent de la terre.

Alors qu’au printemps 2019, on se gargarisait de l’adoption de la directive européenne visant la réduction de l’incidence de certains produits en plastique sur l’environnement, on peut affirmer que depuis le début de la pandémie, la lutte contre la pollution plastique a clairement régressé dans la liste des priorités des gouvernements. En jouant sur la croyance que le plastique « fixerait » moins le virus, les industriels du plastique utilisent des arguments scientifiques fallacieux pour faire reculer les législations environnementales. Aux États-Unis notamment, avec la propagation du coronavirus, l’ennemi montré du doigt est désormais le totebag, le sac en tissu réutilisable!

Dans leur écosystème premier, à savoir le milieu soignant, masques et gants à usage unique sont systématiquement jetés dans des poubelles spécifiques. Toutefois, transposés dans le quotidien de monsieur et madame tout le monde, ils deviennent un produit de consommation courante dont on fait peu de cas au moment de s’en débarrasser.  Si vous habitez en ville, vous aurez sans doute repéré des masques chirurgicaux sur les trottoirs. Maria Algarra habite Miami. Elle a été choquée par le nombre de gants en latex jeté en pleine rue  et pris l’initiative de sensibiliser au problème en lançant sur instagram  le hashtag #TheGloveChallenge qui consiste à poster des mosaïques de photos de gants pris en pleine rue. Pourquoi devrions-nous comme elle nous alarmer du phénomène? Parce que le fait est, tout ou presque de ce qui est jeté « sauvagement » dans les rues de Miami ou de Marseille est balayé dans le caniveau pour finir dans la mer. Le problème ne concernerait que les villes côtières? Que nenni. Dans le documentaire de Arte Plastic partout! Histoire de déchets on nous apprend que les fleuves acheminent les plus grosses quantité de plastique dans les mers. « Selon l’océanographe Jean-François Ghiglione, plus aucun océan, fleuve ou rivière du globe n’est épargné par cette pollution. Ce qu’a confirmé l’année dernière le voilier Tara après 6 mois de mission sur les 4 façades maritimes européennes et les 9 principaux fleuves d’Europe. La goélette a ainsi montré que 100 % des prélèvements d’eau effectués dans les fleuves européens contenaient des micro-plastiques. » ( Source : https://www.franceinter.fr/emissions/l-edito-carre/l-edito-carre-08-juin-2020 )

L’eau mal traitée

53% des eaux usées rejetées en mer Méditerrannée ne sont pas traitées.

La question que l’on est obligé d’aborder est celle du traitement de l’eau. En milieu urbain, les eaux pluviales étaient originellement canalisées par les caniveaux et égouts pour retourner « sainement » dans la nature, mais la précieuse ressource qu’est l’eau est rendue déchet dès lors que sa fonction a été limitée au nettoyage des caniveaux et égouts. Les eaux salies rejoignent le réseau des eaux usées qui sont, sur le papier, prises en charge par les stations d’épuration. « Sur le papier », parce que le traitement des eaux usées est un sujet complexe. Surtout à Marseille avec ses pluies orageuses qui saturent les stations pour finalement se déverser en mer avec tout ce qu’elles balayent sur leur passage. Confidence. Une amie spécialiste en biologie marine m’a vivement déconseillé de me baigner sur les plages marseillaises jusqu’à trois jours après un orage. Les eaux de mer sont alors saturées en « substances indésirables ».

Les orages sont-ils les seuls à être blâmés? Ce serait simpliste de prétendre cela. Je pense qu’il faut se rappeler que les eaux sont « usées » par l’activité humaine au sens large, particuliers et industries en produisent. Or bien des substances contenues dans ces eaux échappent aux filtres installés dans les stations d’épuration. Citons par exemple :

  • les micro-plastiques issus de la dégradation des plastiques dans l’eau (provenant par exemple les emballages plastiques rejetés dans les cours d’eau ou dans la mer mais aussi de nos vêtements lors du lavage en machine) ou encore issus du rinçage de résidus de particules plastiques entrant dans la composition de nos cosmétiques ou produits d’hygiène (gels douche, shampoing, etc.)
  • les métaux lourds ou ammonium déversés dans les eaux usées des industries
  • les phosphate des engrais utilisés par l’agriculture
  • les substances médicamenteuses et notamment les hormones ou les actifs anti inflammatoires qui passent dans nos urines pour se retrouver dans les eaux de mer

Il existe des systèmes de filtration biologique efficaces pour capter les substances citées ci-dessus, mais leur coût est extrêmement élevé. Un exemple parlant dans la région de Marseille est celui de l’usine Alteo qui produit de l’alumine, une substance utilisée dans le bâtiment comme matériau réfractaire ou encore comme composant dans la fabrication d’écrans ou de produits médicamenteux. Il lui en aura coûté plus de 36 millions d’euros pour rendre propres (ou presque) ses déchets. Depuis 50 ans, cette usine déverse des résidus de traitement de minerai de bauxite dans les eaux des calanques. C’est seulement à partir de 2016 que l’entreprise aura mis en place un système afin de trier les résidus si bien que dorénavant seule la partie liquide, filtrée pour répondre aux normes imposées, est déversée dans l’eau. « Respecter les normes ne signifie pas pour autant qu’il n’y a plus aucun polluants. Le débit maximal de liquides qui prennent la conduite à la mer est de 270 mètres cubes à l’heure, comme précisé dans l’arrêté du 28 décembre 2015. Si les produits sont présents en milligrammes par litres, sur un tel volume de liquides, on peut aboutir à des quantités annuelles importantes. Ainsi, il peut être rejeté jusqu’à 120 kg d’arsenic, 31 tonnes de fer, 11 tonnes d’aluminium, mais aussi 26 tonnes de vanadium, 9 tonnes de titanes ou encore 382 tonnes de chlorures.  » (Source : https://marsactu.fr/le-prefet-donne-cinq-mois-supplementaires-a-alteo-pour-regulariser-ses-rejets-en-mer/ ). L’usine n’en a pourtant pas fini avec les mises aux normes. Elle doit aussi mettre en place une station d’épuration biologique pour respecter des seuils de rejet sur d’autres facteurs chimiques.


FOCUS

Plus de 500 ingrédients entrant dans la composition des produits d’hygiène ou de cosmétique sont des micro-plastiques.

A celles.ceux, qui comme moi, sont restés estomaqué.es en apprenant ça, je conseille de faire un tour sur le site Beat the Microbead. A l’initiative de la fondation Plastic Soup, une base de données recense les produits de douche, crèmes, shampoings, rouges à lèvre, fards à paupière et bien d’autres produits dits de « soin » dont certains constituants sont des plastiques. Que viennent faire les plastiques dans de tels produits? En revêtant des noms complexes, les plastiques sont incorporés dans les soins sans qu’on le sache. Ils servent par exemple :

  • à assurer la cohésion des différents composants (agent émulsifiant)
  • à créer un film sur la peau
  • à rendre le produit résistant à l’eau
  • à créer une texture abrasive

Véritable aberration de conception des produits, l’usage du plastique dans la fabrication des cosmétiques et produits de soin du corps représente souvent une alternative peu onéreuse à des ingrédients plus chers.


FOCUS

Synthétique ou non, le textile libère des polluants au lavage.

Le lavage des vêtements génère des microfibres dont on a longtemps dit qu’elles provenaient des textiles synthétiques . Une étude récente démontre que non.  « Selon ces chercheurs, qui ont analysé des échantillons d’eau de mer venus du monde entier, les fibres synthétiques seraient loin d’être majoritaires, du moins dans les eaux de surface. Les synthétiques ne composeraient que 8,2 % des microfibres, la plus grande partie étant à base de cellulose (79,5 %) ou d’origine animale (12,3 %). En langage courant, cela veut dire principalement de la laine, du coton ou du lin.  » ( Source : https://www.nouvelobs.com/sciences/20200609.OBS29862/reduire-de-30-de-microfibres-en-changeant-simplement-le-programme-du-lave-linge.html ). Les teintures et enrobages chimiques des fibres textiles empêcheraient les microfibres d’origine naturelle de se décomposer. Avec 35,6 milliards de machines remplies chaque année par les Européens, le lavage des vêtements n’est pas une activité si anodine qu’elle y parait.


Des lieux vierges d’activité humaine pourtant contaminés

Alors que Maria mentionnée précédemment, photographie les innombrables gants jetés sur les trottoirs de Miami, Gary Stokes de l’association OceansAsia arpente les plages des iles Soko au large de Hong Kong pour compter scrupuleusement le nombre de masques échoués sur le sable. Depuis février 2020, ces masques viennent s’ajouter à la pollution existante sur ces iles pourtant inhabitées. Selon Gary, les masques sont le nouveau déchet « à la mode », les petits nouveaux qui viennent gonfler les rangs des nombreux détritus vieux de 20 à 30 ans que l’on peut trouver sur ces plages. Le témoignage de cette pollution « covid-19 » est un furieux rappel des traces tenaces que l’activité humaine laisse sans son sillage, et ce, depuis un sacré bout de temps.

Intéressons-nous à l’histoire de la pollution justement. La pollution a son histoire, notamment dans les calanques marseillaises. Peut-être ne le saviez-vous pas. Avant de devenir un espace naturel protégé en 2012, le site des calanques a longtemps accueilli des industries lourdes. Dès le début du 19e siècle, les industries de soude destinées à la fabrication du savon de Marseille ont été construites en bord de mer. Leur ont emboîté le pas, les industries de plomb, de soufre, une raffinerie de pétrole à Sormiou et enfin en 1967 l’usine d’alumine de Gardanne dont on a parlé plus haut.  A l’exception de l’usine de Gardanne, tous les autres sites ont fermé. Toutefois, la pollution demeure. « Nous observons encore la pollution du passé à l’heure actuelle car même si la plupart des composés sont interdits depuis de nombreuses années, une fois qu’ils sont piégés dans le milieu, ils y restent. »  (Source : https://www.1538mediterranee.com/2017/08/23/industries-dhier-et-daujourdhui-contamination-a-haut-risque-pour-la-mediterranee/). Les plages des calanques ont ainsi été exposées à divers contaminants qui persistent et se retrouvent disséminés dans l’atmosphère et dans la mer au gré des conditions météorologiques (vent fort et pluie).

L’histoire de la pollution industrielle dans les calanques (Illustration cartographique de Julie Kmieckowiak)

La « plastification » des eaux

D’ici 2050, 12 milliards de tonnes de déchets plastique dériveront dans les océans (Source : Plastic partout! Histoire de déchets / documentaire ARTE).

La WWF estime que 570 000 tonnes de plastique sont déversées dans la Méditerranée chaque année, soit l’équivalent de 33 800 bouteilles plastique par minute.

Alors qu’elle ne représente que 1% des eaux marines à l’échelle de la planète, la Méditerranée concentre à elle seule 7 %  de tous les micro-plastiques.

Lorsqu’il devient déchet, le plastique fait de l’une de ses qualités d’usage un grave inconvénient. Il persiste. Citation percutante de Marina Testino dans son interview pour le Vogue Italia de juillet 2020 : « Les gens se nourrissent d’illusions en croyant que leurs ordures disparaissent ; ce qu’ils ne réalisent pas c’est l’amoncellement dangereux de déchets qu’on enfouit, qu’on déverse dans les océans ou dans les décharges sauvages. » Dans les médias, on fait mention du continent plastique en parlant des ces lieux des océans où convergent les courants marins, les gyres. Une gyre, à la manière d’un vortex, capte tous nos déchets et les concentre en masse. Certains observateurs précisent que le terme de « continent »  plastique n’est pas approprié, parce que ce qui flotte en surface (et qui est donc visible) ne représente que 0,5% du plastique dans l’eau. Ils préfèrent parler de soupe de plastique.

Il étouffe et affame

Les déchets plastique mettent 100 a 200 ans avant de se dégrader en particules fines et des milliers d’années avant de se dégrader entièrement (Rappel : l’industrie du plastique a pris son essor après la seconde guerre mondiale). En attendant, la faune marine en paye le prix fort. Quand nos bidules en plastique n’étranglent pas, ils causent des dégâts par ingestion. Les tortues ou certains oiseaux qui se nourrissent de méduses ingèrent par méprise des ballons gonflables, sacs plastiques ou gants de latex. Méprise qui occasionne des occlusions intestinales ou qui affame les grands mammifères marins qu’on retrouve échoués sur les plages.

Il persiste et se transforme

Sous l’effet des vagues et du rayonnement solaire, le plastique accumulé dans les gyres se décompose très finement, encore plus rapidement qu’ailleurs. On parle de micro-plastiques pour des particules de moins d’1 mm et de nano-plastiques lorsqu’elles ont une dimension de l’ordre du micron. Ces derniers sont difficilement traçables, voire intraçables et c’est inquiétant. Ainsi, les experts estiment que 1% du plastique en mer « disparait » . 

Il infiltre la chaine alimentaire

80 a 90% des méduses au large des côtes méditerranéennes contiennent des fibres textiles plastique (Source : Plastic partout! Histoire de déchets / documentaire ARTE)

On sait que les particules de micro-plastique fonctionnent comme des aimants, elles accrochent des toxines et agissent comme des radeaux qui portent ces substances jusque dans les animaux qui les absorbent. Car oui, les experts affirment que les océans sont en passe de contenir plus de plastique que de plancton. En Méditerranée on dit qu’un poisson a une chance sur deux de manger du plastique. L’autre degré d’infiltration pernicieux : les nano particules ont la faculté de traverser les barrières tissulaires et de venir s’accumuler dans les organes. Il est fort possible que les minuscules fragments de plastique indétectables contamineront de façon invasive toute la chaîne alimentaire, avec des effets sur la santé très mal évalués à l’heure actuelle. Les scientifiques font d’ailleurs déjà état de traces de micro-plastique dans l’eau potable, dans la bière ou dans le miel.

 » La bouillabaisse, avec ou sans plastique?  » – Photo prise à Marseille

Le mythe du recyclage

En 2018, on estime qu’un citoyen Européen produit en moyenne 31kg de déchet plastique en un an.

() 30-50% des plastiques usagés finissent dans des décharges sauvages en pleine nature

() 20-40 % sont regroupés dans des stations d’enfouissement, mélangés à d’autres déchets, ils sont temporairement retenus dans des géotextiles (tissus en fibres synthétiques utilisés dans le bâtiment ou en agriculture). Quand ces derniers seront dégradés, nos plastiques enfouis seront libérés.

() 9-14% sont incinérés pour être transformés en énergie, en générant des déchets toxiques persistants

() 14% des plastiques usagés sont collectés pour être recyclés.

Source : Déchets plastiques, la dangereuse illusion du tout recyclage.

Tous les plastiques ne se valent pas

Contrairement au recyclage du verre ou du métal, le recyclage du plastique ne s’inscrit pas dans une démarche d’économie circulaire. Le plus souvent le plastique dit «  recyclable »  est recyclable en un plastique de moindre qualité et ne peut être repolymérisé qu’un certain nombre de fois pour finir en bout de course en déchet.  » Seuls les plastiques de type PET (polyéthylène téréphtalate), qui ne représentent qu’un pourcentage très faible des plastiques consommés, sont recyclés en circuit fermés, c’est-a-dire récupérés pour produire un matériau utilisable comme un plastique neuf et indiscernable du premier. » ( Source : https://theconversation.com/dechets-plastiques-la-dangereuse-illusion-du-tout-recyclage-90359 )

Le bioplastique, petit nouveau du greenwashing

Le marche du bioplastique est embryonnaire, mais il sera amené à peser 7 milliards de dollars par an d’ici 2024.

En réponse aux pressions des gouvernements, les industriels du plastique se sont lancés depuis 2019 dans la production de bioplastiques. Issu de la transformation de sucre de plantes, le bioplastique est censé être biodégradable. Or, au moins deux inconvénients sont avancés, et pas des moindres : la production de matière première pour la fabrication de bioplastiques réquisitionnera des sols nécessaires aux cultures vivrières et la soi-disant revalorisation par le compostage exige des infrastructures de compostage à haute température dont peu d’endroits disposent. La suite, on commence à la connaitre par cœur : les bioplastiques finissent comme leur cousin pas bio, dans la nature.

Le business des déchets et les mafias du plastique

Les pays riches produisent 47% des déchets plastique (Source : Les dessous des cartes – La planète malade du plastique / ARTE).

Jusqu’en 2018, l’Europe aurait exporté  87% de ses déchets plastique en Chine.(Source : Plastic partout! Histoire de déchets / documentaire ARTE).

Légalement, il est interdit d’exporter des déchets, mais s’ils sont déclarés « matière première » , ils obtiennent le statut de marchandises et peuvent faire l’objet de commerce. Comment des déchets plastiques peuvent-ils être qualifiés de matière première? Réponse : si on les exporte comme matière recyclable. La boucle de la mauvaise foi est bouclée. La Chine a ainsi importé nos rebus plastique jusqu’en 2018, mais a cessé depuis. En Chine déjà, nos gouvernements fermaient les yeux sur les questions de santé publique ou de respect des normes du processus de recyclage  (notamment concernant les rejets toxiques), apparemment rien n’a changé lorsque nos exportations ont ensuite mis le cap vers l’Asie du Sud-Est (Malaisie, Thaïlande, Vietnam, Philippines). Les capacités de retraitement y sont inadaptées, les déchets finissent dans des décharges à ciel ouvert et des usines clandestines très polluantes y ont fleuri. Peut-être vous rappelez-vous la vidéo virale de Konbini de juin 2019 dans laquelle on nous montre, en pleine nature en Malaisie, des tas d’emballages plastique provenant de France (les étiquettes sur les emballages attestent de cela). Cette vidéo m’avait choquée.

Le journaliste demande son avis au ministre de l’environnement d’alors. On y apprend que les filières du recyclage en France comptent nombre d’intermédiaires dont certains peu scrupuleux  contourneraient la loi et rendraient impossible toute traçabilité. En tout cas, la roue tourne. Les pays d’Asie se rebiffent et refusant d’être la déchetterie des riches, ils retournent maintenant les cargos de déchets vers les Etats-Unis, le Japon et l’Europe. Quand j’ai appris cela, je me suis demandé : qu’en faisons-nous alors? Apparemment, nous les incinérons! Voilà pour l’aperçu macro des filières de « recyclage » du plastique à l’heure actuelle.

Alors je fais quoi ?

J’ouvre les yeux

 » Le changement climatique tient pour beaucoup au fonctionnement des grandes structures qui forment le socle de l’économie mondiale. » Alors, oui il faut exiger des décisions politiques et des contraintes règlementaires. Se dire qu’on fait sa part en triant ses emballages n’est pas suffisant, peut-être même aveuglant.

Après avoir parcouru et tenté de synthétiser toutes ces infos sur le péril plastique, j’en viens aux conclusions suivantes :

  • Je dois demander des comptes aux filières de traitement des ordures et aux gouvernements.
    Un peu de franchise de ma part. Que sais-je vraiment du devenir de mon sac poubelle une fois que le bac a été collecté? Ne devrais-je pas me sentir davantage concernée? Dans le monde, 2 milliards de personnes vivent dans des lieux sans collecte, ni traitement ou recyclage de leurs déchets. Absolument tout finit dans la nature. Quand des endroits du monde comme ceux-là endossent aussi le rôle de réceptacles à ordures de pays étrangers, je me dis que le scandaleux cède sa place à l’intolérable. Cet intolérable, le photographe Hartmut Schwarzbach a choisi de nous en montrer un exemple. En échange d’un peu d’argent, des enfants de Manille récoltent des déchets plastique dans des eaux insalubres. C’est l’une des sordides  réalités derrière ce que l’on appelle la « revalorisation » du plastique. Il ne faut pas se leurrer, même si les conséquences sanitaires directes ne sont pas aussi calamiteuses, l’organisation de la collecte des déchets est loin d’être parfaite en Europe. Des évolutions restent nécessaires, tout comme dans les filières de revalorisation. La décision de la Chine de ne plus importer nos plastiques usagés aura eu le grand mérite de faire s’interroger la France sur le développement d’un recyclage dans l’hexagone. Seulement maintenant, j’ai envie de dire.
Image choc du photo reporter Hartmut Schwarzbach : un garçon ramassant des déchets plastique.
  • Je dois demander des comptes aux collectivités locales et aux industriels.
    La fin de la pollution plastique en mer commence sur terre. Des moyens techniques peuvent être développés et mis en place, comme par exemple des systèmes de filtration des micro-plastiques qui opèreraient avant que les eaux usées rejoignent les canalisations. C’est apparemment dans le pipeline pour équiper les nouveaux lave-linge à partir de 2025 en France, mais ça pourrait être généralisé au système d’assainissement d’un logement. Et laissez-moi fantasmer, encore plus idéalement, ces dits systèmes pourraient être couplés avec des systèmes de filtration aux interfaces terre-mer.
  • J’aime à croire que vous et moi allons penser et agir circulaire de plus en plus.
    Je caresse l’espoir que dans toujours plus de domaines de nos vies, l’éo-conception, ou l’éco-design vont concourir à nous doter d’objets pensés et conçus pour être utilisés en bonne intelligence avec l’environnement et ré-utilisés tout ou en partie. La circularité étant de mise, j’illustre ce dernier propos en évoquant une entreprise dont j’ai appris l’existence grâce à Usbek&Rica qui se posait la question de savoir si les sneakers pouvaient vraiment être écolos. Cette marque s’appelle Corail, elle fabrique des chaussures à partir de bouteilles plastique. Son site internet nous apprend qu’elle coopère avec des pêcheurs marseillais pour récolter les bouteilles en mer et qu’elle reprend les vieilles paires pour leur donner une nouvelle vie. Je ne les connais pas, mais j’ai juste envie de les remercier d’agir en conscience. L’exemplarité, ça compte.

/Laurence Gay

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