L’INSTINCT DE YOGA DE MON CHAT

Le chat d’une amie est mort aujourd’hui. Cela faisait 20 ans que les deux compagnons bourlinguaient ensemble. La nouvelle m’a rendue triste. On peut me cataloguer de « pauvre fille à chat », ou dire de moi que je joue la corde sensible et facile de l’amour des bêtes. Peu m’importe les constructions des autres. Ma vérité est ailleurs.

J’ai adopté un chat il y a presque trois ans maintenant et je l’ai fait après mûre réflexion. J’avais toujours hésité parce que je ne vivais pas à la campagne et je ne savais pas si je saurais m’occuper de l’animal convenablement. Et puis un jour, j’ai eu un coup de cœur pour un chat qui s’appelle Gandhi. Gandhi est le chat d’une des personnes à qui je donne des cours de yoga particuliers. Le chat était apparu de nulle part alors que le cours allait commencer. D’habitude il faisait sa sieste dans l’une des chambres de l’appartement et nous ne le voyions jamais. Le jour où il s’est manifesté, j’ai eu un déclic. Gandhi est un chat de gouttière paradoxalement racé, curieux comme tous ceux de son espèce et attachant. Son apparition surprise m’avait inspiré non pas une impression de ‘cuteness’ aiguëe mais un profond respect. Je me disais alors qu’un ami à quatre pattes de cette trempe serait un pote que j’aurais plaisir à voir tous les matins au p’tit dej.

On m’a rassurée sur le bien-être d’un chat qui vit en appartement et comble de l’histoire, lorsque je choisis au hasard une clinique vétérinaire pour faire vacciner le chaton dont on m’a donné la charge, je découvre que le vétérinaire est ami avec des personnes qui font du yoga avec moi (son épouse elle-même avait pris quelques cours de yoga avec moi par le passé). Au deuxième rendez-vous, j’avais eu le droit à un de ces échanges surprenants qui laisse planer un voile de mystère : « Mais j’ai déjà entendu parler de vous. » Mehdi, le vétérinaire, est même venu participer à un de mes stages par la suite.

Oui, il y a bien du yoga dans cette histoire entre mon chat et moi. Oui, des amis m’ont offert des livres comme Le Chat Philosophe de Kwong Kuen Shan ou Mon chat Zen de Ludovica Scarpa. Lectures amusantes et plaisantes que je vous recommande vivement. Ces livres ne touchent toutefois pas du doigt ce qui me lie à mon chat.

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Si on me demande si mon chat m’apprend quelque chose de ‘yoga’, je dirais oui, cinq choses essentielles. D’abord, j’aime l’observer bouger, ses rituels d’étirement me fascinent. Mais ils me fascinent non pas du fait de leur esthétique ou de leur amplitude, mais pour leur sagesse intrinsèque. Mon chat sait d’instinct ce qui structurellement a du sens. Alors, je l’imite pour m’imprégner de cette sagesse. Un autre enseignement que je dois à mon chat, celui de la relation à l’espace. Quand j’observe l’animal découvrir un endroit qui ne lui est pas familier il évolue dans l’espace progressivement, lentement, tous sens en éveil, il s’imprègne de tout ce qui l’entoure, il renifle la terre, grignote un bout d’herbe, se frotte a un piquet, fait pivoter ses oreilles au moindre signal sonore ou focalise son regard intensément sur le moindre objet au mouvement suspect. Cette présence au monde, entière, toucher, gout, odorat, ouïe et vue éveillés, m’inspire un profond respect. J’essaye de me la rappeler pour faire de mon expérience du monde et de la relation à autrui une expérience riche et sincère, avec tout ce qui me constitue. Ensuite, mon chat m’a appris cette relation joyeuse à l’instant. Il n’y a pas d’autre moment que maintenant pour faire des trucs et les faire avec enthousiasme. Rien de tel qu’une course poursuite pour clarifier l’esprit et reprendre sa réflexion sereinement après les dérapages contrôles dans le couloir. « C’était quoi déjà ce truc grave qui me préoccupait quand je suis rentrée? Ah, ça? pourquoi je m’en faisais une montagne? » Le quatrième enseignement de mon chat, faire de la place à la régénération. Dormir est l’un des meilleurs médicaments pour l’esprit et le corps. On le sait. C’est en observant mon chat que cela m’a confortée dans ce que je savais déjà. Au retour d’un week-end mouvementé, mon chat a dormi 24h d’affilée. Je vais vous raconter cet épisode mouvementé parce qu’il contient le cinquième enseignement de mon félin de pote : l’importance de l’intention, de la concentration et de l’implication. L’une des plus grosses bourdes que mon chat ait commise c’est de monter au sommet d’un arbre d’une dizaine de mètres à la poursuite d’écureuils et de rester perché plusieurs jours parce qu’arrivé au sommet de l’arbre il était tétanisé par la peur. Tous les conseils que j’avais suivis pour le faire descendre avaient échoué. Une amie m’avait finalement envoyé ce texto : « S’il sent que tu as peur, il sera apeuré. Fais-lui sentir autre chose. » Je compris qu’elle avait raison. Ce message transforma quelque chose en moi. Je demandais donc aux personnes qui bourdonnaient autour de moi de rentrer et de me laisser seule avec lui. Je tapais sur le tronc de l’arbre pour que son regard reste focalisé sur moi, je lui parlais non stop a la manière d’un entraineur de boxe a l’angle du ring qui coache son boxeur pour qu’il n’abandonne pas, il miaulait sans arrêt, il finit par s’aventurer à poser une patte en avant, puis une autre. Une quarantaine de minutes plus tard, il était dans mes bras, j’étais presque aphone. Mon chat m’a permis de faire cette expérience que le comportement et l’intention sont de puissants vecteurs, que l’on transmet ce que l’on choisit de transmettre.

Mon chat est finalement peut être la manifestation poilue de cette sagesse instinctive qui est en moi. C’est sans doute pour cela que je le respecte à ce point et l’affectionne. Swami Satchidananda explique que le yoga dit de l’instinct qu’il est la trace d’une vieille expérience qui s’est répétée maintes fois et dont les empreintes ont coulé au fond du lac du mental. Ces empreintes ont coulé mais demeurent. On a tort de croire qu’on oublie les choses. Toutes nos expériences sont engrangées dans le ‘chittam’ ; elles remontent a la surface quand l’atmosphère s’y prête. Par la répétition d’une action, on fait d’elle une habitude. En cultivant les habitudes, on finit par forger une nature. Si on reste fidèle à cette nature, il se peut que dans une autre vie, elle se manifeste comme de l’instinct. Il faut croire que mon chat sait créer l’atmosphère.

 

Je dédie ce post à Lili et Delphine.
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L’INSTINCT DE YOGA DE MON CHAT

4 réflexions sur “L’INSTINCT DE YOGA DE MON CHAT

  1. Cet article est un pur bonheur. J’ai ressenti une immense gratitude à votre égard en lisant vos mots et ce beau récit. Merci et belle journée à vous !

  2. aurélia dit :

    Merci pour ce beau témoignage ! On a tellement à apprendre des animaux : soit ils nous révèlent à nous-mêmes, soit ils nous enseignent certaines choses essentielles de la vie. Douce pensée à votre amie et son compagnon poilu. Une autre « fille à chats »

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