SUCCOMBER OU SURMONTER, QUESTION DE PERCEPTION

Ci-après des extraits traduits librement de l’article de Maria Konnikova publié dans The New Yorker (11 février 2016). Titre original : HOW PEOPLE LEARN TO BE RESILIENT (Comment apprend-on à devenir résilient?). L’article complet (en anglais) est ici. Sous le prisme de la psychologie, l’article traite de cette capacité qu’on a ou pas à affronter les aléas de la vie et se construire malgré tout. M. Konnikova évoque le rôle de la perception qui va influencer notre vision des situations et nos agissements et ainsi façonner notre réalité. A lire aussi sur mon blog YOGA & EMOTIONS et FAUT-IL SE FAIRE VIOLENCE EN YOGA?
Bonne lecture.

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Source : DIAFORA wikimedia


Même si, à force d’être utilisé à tors et à travers,  le terme de ‘résilience’ a été vidé de son sens pour être finalement vaguement associé à du ‘tempérament’, les études des dernières décennies ont bel et bien  mis en exergue ses mécanismes. La résilience, ou capacité d’adaptation, fait référence à un ensemble d’aptitudes que l’on peut cultiver.

La capacité d’adaptation est une vraie question pour les psychologues. Nous ne pouvons pas la déceler par des tests psychologiques, le seul moyen de savoir si nous en sommes dotés est d’observer comment nos vies se déroulent. Si nous ne faisons jamais face à l’adversité, nous ne pouvons pas juger de notre capacité d’adaptation. Ce n’est que dans des situations stressantes, en faisant face à des obstacles ou à des menaces environnementales que la résilience émerge ou pas. Succomber ou surmonter.

Aux Etats-Unis, une étude a été menée sur un groupe de 698 personnes depuis leur naissance jusqu’à l’âge adulte (jusqu’à ce qu’ils atteignent la trentaine) pour évaluer l’impact des conditions d’une enfance difficile sur l’évolution de l’individu. Un tiers du groupe considéré ‘à risque’, c’est-a-dire le groupe d’enfants qui a pu subir du stress in utero ou grandir dans un contexte de pauvreté ou dans le cadre d’une famille ‘à problème’ est composé d’individus qui ont fini par vivre le succès scolaire, social et familial.

Les facteurs mis en avant pour expliquer leur capacité de résilience sont d’ordre externe, comme avoir eu la chance d’avoir pu se lier avec un adulte qui les a soutenus (un enseignant, un assistant social ou autre) mais l’étude met surtout en lumière un terrain psychologique favorable qui a déterminé la manière dont l’enfant a réagi à son environnement. L’un des traits les plus parlants chez ces enfants est ainsi une source de détermination interne. Ils étaient persuadés que leur réussite était tributaire non pas des circonstances mais d’eux-mêmes. Il se voyaient comme les maîtres de leur destin.

L’étude a aussi révélé que la capacité d’adaptation n’est pas nécessairement constante. Les facteurs de stress peuvent prendre des proportions telles que la résilience finit par être surpassée. Pour résumer, la plupart des gens ont un seuil. L’effet inverse a aussi été constaté. Des personnes n’auront pas montré de capacités d’adaptation étant enfants mais le feront plus tard, à l’âge adulte. Ce qui soulève la question de savoir comment on apprend à être résilient.

Une théorie part du constat suivant : nous possédons tous un système de réponse au stress commun avec celui des animaux, ce système a évolué sur des millions d’années. On est familier avec ses mécanismes. Concernant l’adaptation au changement toutefois, la question demeure : pourquoi certains d’entre nous l’utilisent plus souvent et plus efficacement que d’autres.

L’un des pivots de la résilience est la perception. La perception de ce qui est traumatisant versus la perception de ce qui est une opportunité d’apprendre et d’évoluer. Les évènements ne sont pas traumatisants en soi, mais potentiellement traumatisants. Prenons l’exemple de l’annonce du décès brutal d’un ami. Le décès nous attristera certes mais si on parvient à l’interpréter comme un événement porteur de sens (peut-être que cet événement nous fait prendre conscience d’une certaine maladie ou encore nous invite à resserrer les liens avec une communauté) alors on ne vivra pas cette expérience comme un traumatisme. L’expérience n’est pas inhérente à l’événement, elle réside dans l’interprétation psychologique de l’évènement.

En d’autres termes, vivre le malheur, que ce soit dû à notre environnement ou du fait d’un évènement extrêmement négatif, ne nous prédispose pas à souffrir. Ce qui importe c’est que la situation malheureuse devienne ou pas traumatisante.

La bonne nouvelle c’est que l’interprétation positive, ça s’apprend. Nous nous avérons plus ou moins vulnérables selon notre manière de penser. Un neuro scientifique a montré qu’en apprenant à envisager des stimuli sous différents angles, les gens changent leur expérience et leur réaction au stimulus. On peut apprendre a mieux réguler ses émotions, l’apprentissage semble avoir des effets sur le long terme. Lorsque la source de détermination est plus interne qu’externe, on perçoit moins de stress et on agit plus efficacement dans une situation donnée. On est en prise avec ce qui se passe. Les aptitudes cognitives qui sont à la base de la résilience peuvent donc être acquises.

Malheureusement, le contraire peut aussi être vrai. Nous pouvons facilement créer de toute pièce ou amplifier des facteurs de stress par le biais du mental. Nous sommes capables d’inquiétude et de rumination : nous pouvons prendre une toute petite chose, la gonfler dans notre tête,  nous la répéter encore et encore et nous rendre dingues jusqu’à ce que cette petite chose devienne la plus grosse qui nous soit jamais arrivée. C’est de la prophétie auto-réalisatrice en quelque sorte. En faisant de l’adversité un défi, nous devenons plus souples et aptes à l’affronter, la dépasser, à apprendre d’elle et en tirer avantage. Si nous nous focalisons dessus, en faisons une menace, alors un événement potentiellement traumatisant devient un problème persistant ; nous nous figeons et sommes plus susceptibles d’en subir les effets néfastes.

SUCCOMBER OU SURMONTER, QUESTION DE PERCEPTION

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