JANE TROUVE SA JOIE

Jane prend des cours de #yoga avec moi depuis moins de deux ans. Un jour elle me confie, en des termes différents des miens, être surprise de constater qu’elle peut s’autoriser à ressentir ce qu’elle est dans sa pratique. Elle ne doit pas « rentrer dans un moule », mais ressentir la structure de l’intérieur. Elle s’étonne une autre fois  de « comprendre » sensoriellement la cohérence globale de son alignement. « Ce n’est pas juste dans mes épaules alors? Ca ne me fait plus mal au dos du coup!  » Et puis une autre fois elle me dit qu’elle est en train de faire une découverte majeure et inattendue : le yoga la rend joyeuse, comme ça, sans crier gare mais en chantant Om ou en ondulant d’un cobra à un chien. Ca peut paraitre curieux au premier abord, mais de mon point de vue, c’est l’aboutissement merveilleux de sa reconnexion personnelle. Ce que me confie Jane, je pourrais vous en parler longuement, on parle aussi potins sur la vie des « health gurus » et de séries télé quand on se voit, mais je lui ai confié la plume pour qu’elle vous parle de son expérience de yoga. Je la remercie immensément pour ce beau témoignage. Namasté Jane.


« J’ai eu la chance de découvrir le yoga jeune. J’avais un peu plus de vingt ans, des comptes à régler avec mon corps, moi-même, la vie. Le yoga m’ouvrait un espace où je pouvais, littéralement, souffler. Où je pouvais prendre soin de mon corps dans sa globalité, enveloppe et âme. C’était très nouveau pour moi, qui avait pris l’habitude de traiter mon corps comme une chose inerte, un objet inhabité et inanimé, qu’il fallait gainer, dompter, maîtriser. Le yoga ouvrait un début de libération, une possibilité de me décrisper.

Durant une dizaine d’années, j’ai donc pratiqué. Avec sérieux, assiduité. Le yoga que j’avais choisi – un hatha très traditionnel et statique – encourageait mon côté bonne élève et perfectionniste. Je n’ai pas tout de suite vu que la cancre en moi, celle qui à l’université préférait les séances de sieste au cours de linguistique, ne se retrouvait pas tout à fait dans cette vision figée du yoga. Que son cerveau se mettait instantanément à courir dès qu’on m’incitait à « ne penser à rien » tandis que je tenais une posture durant de longues minutes. On m’incitait à l’immobilité et mon cerveau essayait de me dire qu’il avait besoin de mouvement. Je ne l’ai pas tout à fait écouté, je me suis juste contenté, petit à petit et en catimini, de laisser tomber le yoga.

Il m’a fallu dix ans pour revenir sur le « mat ». Dix ans à tester sans grande conviction d’autres pratiques, à tenter de me mettre dans le bain du pilates, du qi-gong, de la barre au sol. A chaque fois, quelque chose semblait me manquer, sans que je sache quoi. Et puis, il y a un peu d’un an, par hasard, je tombe sur une vidéo de Shiva Rea évoluant dans une salutation à la lune fluide, terrienne, sensuelle. Je reconnais qu’il s’agit là de yoga, mais pas le yoga que moi je connaissais (statique, sage). En voyant cette séquence, qui semble comme improvisée, ma première réaction est de me demander : ah bon, on a le droit de faire ça ? Et ma seconde réaction : moi aussi, j’ai envie de faire ça.

Et me voilà qui assiste, quelques semaines plus tard, à mon premier cours de prana flow. J’en bave, j’en pleure. Mon corps n’est plus le bretzel élastique de mes vingt ans. Mes guerriers qui dansent me semblent de plomb. Mon chien la tête en bas ressemble davantage à un caniche dépressif qu’à un noble Danois. Peu importe. Je m’amuse, je sens mon corps comme chez lui. La fluidité des mouvements, les enchaînements, le fait que le cours se déroule en musique et non dans un silence de cathédrale, tout cela semble me libérer le corps et l’esprit. Plus besoin qu’une voix sentencieuse vienne m’intimer l’ordre de ne penser à rien : je ne pense qu’au moment, je me perds dans mes mouvements et je ne perds pas un instant à me comparer aux prouesses de mes voisins, pas le temps, je dois être tout entière à la concentration de m’ancrer correctement dans le sol, de suivre mon souffle, de vivre et vibrer.

Le yoga, que tant d’année j’avais considéré comme une discipline, et une discipline sans doute bienvenue pour ordonner mon chaos intérieur, n’avait plus besoin d’être un sacerdoce. J’avais désormais autorisation de la pratiquer avec joie. Durant des années, j’avais dû me forcer – la corvée du cours de yoga du vendredi soir. Et là, soudain, j’étais dans l’anticipation du prochain cours, la déception si je devais le rater. Dans la découverte aussi d’une nouvelle manière d’envisager ma pratique, ses hauts et bas, ses jours avec et sans. Sans jugement, sans « note » à me donner, sans obligation d’être parfaite – je laisse la perfection des postures à mon formidable professeur et je savoure de me tromper, de ne pas y arriver, d’être dans le « flow » une fois et à côté de la plaque le lendemain.

Le yoga est devenu drôle, vivant – j’ai accepté qu’il soit comme moi, toujours changeant. Je le pratique aussi désormais uniquement pour moi. Pas parce que ça me permet de briller dans les dîners en ville, ou prouver que je peux faire des folies de mon corps (ce qui de toutes les façons n’est pas le cas, je suis trop raide pour réaliser ces postures folles que l’on voit sur Instagram). Non, juste parce que cela m’apporte de la joie, une joie intense. J’    ai aussi découvert le plaisir de pratiquer seule, chez moi, un dialogue entre soi et soi, lui aussi avec ses hauts, ses bas, qui ne cesse de m’enrichir. Plus besoin de me forcer : une vie sans yoga me semble désormais, du plus profond de mes tripes, inenvisageable. »

JANE TROUVE SA JOIE

3 réflexions sur “JANE TROUVE SA JOIE

  1. GRENINGUEY Christiane dit :

    Bravo Jane, j’ai adoré cet article et éclaté de rire pour ton expression « Mon chien la tête en bas ressemble davantage à un caniche dépressif qu’à un noble Danois ».
    bravo d’avoir persevérer quand tu as su qu’il te manquait quelque chose.
    j’ai démarré le yoga en novembre dernier et je me retrouve tout à fait dans « Plus besoin qu’une voix sentencieuse vienne m’intimer l’ordre de ne penser à rien »
    je verrai après cette 1ere année si je me dirige également vers un « autre » yoga, mais ton témoignage me laisse pensé qu’il faut chercher ailleurs si l’on ne sent pas complètement en connection avec le yoga que l’on pratique.

    Namasté

  2. Super témoignage ! ca fait vraiment plaisir de voir quelqu’un qui se fait plaisir à ce point ! Je me reconnais aussi dans cette expérience. Mais « dans l’autre sens », si on peut dire … J’ai fait pas mal de Iyengar mais j’étais inhibée par une forme de rigidité et de perfectionnisme également. trop de précisions, trop de « fais comme ci, fais comme ça, fais pas ci et fais pas ça … » Et finalement je ne m’amusais plus, j’avais le sentiment de constamment « mal faire » … Et par contre, c’est en renouant avec un yoga traditionnel que j’ai retrouvé le plaisir, l’amusement, la liberté de « faire ce que je voulais », droite ou pas droite, alignée un peu ,beaucoup, passionnément ou pas du tout. J’ai redécouvert le plaisir de la pratique personnelle, la recherche de sensation et de bien-être plutôt que la recherche d’un idéal. Bref j’ai retrouvé mon âme d’enfant.
    C’était dur dur au début de s’immobiliser. Mais avec le temps et la persévérance, je me suis rendue compte que les concentrations, méditations m’apportaient vraiment la touche qui manquaient à la tempête de mon esprit.
    Comme quoi, il en faut pour tous les gouts et j’encourage vraiment à ne pas s’arrêter à la première tentative et à persévérer jusqu’au moment où on trouve chaussure à son pied

  3. « Trouver la joie », je trouve que ce joli titre résume bien ce que m’apporte le Vinyasa. Jane apporte un très beau témoignage sur son parcours et son vécu. Félicitations et merci.

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