NEUROSCIENCES, POSTURES DE YOGA ET EMPATHIE

C’est d’un article publié sur le site Uplift dont je vous parle ici. Cet article que j’ai trouvé fascinant explique comment les exercices posturaux du yoga sont des instruments pour cultiver l’empathie. Notre capacité à placer notre corps subtilement et consciemment dans les postures nous permet de nous forger des outils pour mieux ressentir le monde qui nous entoure et, magie de la chose, de ressentir le monde comme faisant partie de nous. Je retranscris ci-après en français les passages de l’article. Vous pouvez lire l’article intégral de Jonathan Davis en anglais ici. Merci à Alessandra Pecorella pour avoir partagé cet article sur les réseaux sociaux et m’avoir ainsi permis de le découvrir.

Début du texte

Les fondements du yoga
(…)

La pierre angulaire qui me faisait défaut concernait le rôle des postures dans le yoga. Simon Thakur nous apprend que l’une des fonctions essentielles du yoga est de développer la conscience corporelle et plus particulièrement celle de l’axe central du corps, entre la colonne vertébrale et les organes. Depuis cet axe central, un aspect fondamental de la pratique du yoga est de réveiller la capacité de notre colonne vertébrale entière à bouger d’avant en arrière, de droite à gauche, à entrer en torsion et en faire de même avec chaque vertèbre prise indépendamment. C’est ce principe fondamental qui me manquait. (…) Simon Thakur a développé une pratique corporelle (Ancestral movement / Mouvement ancestral) qui combine des techniques traditionnelles (le Svastha Yoga de l’Inde et le Xingyi de Taiwan), les éclairages avant-gardistes des neurosciences, la théorie évolutionaire et un profond respect pour les singeries. Voici une synthèse de ce que j’ai appris à la conférence donnée par Simon Thakur en février 2015.

En ressentant notre corps, nous ressentons le monde

A l’intérieur du corps, on ressent la respiration. En restant tranquille, on peut aussi percevoir les battements cardiaques et peut-être aussi la pulsation de la carotide. Hormis cela, on ne ressent pas grand chose d’autre – et c’est le cas de la plupart d’entre nous dans le monde moderne. Le fondement du yoga consiste à développer notre sensibilité a chacune de nos vertèbres, mais aussi plus globalement à toutes les parties du corps, à l’intérieur et en surface. Ce que la science a mis à jour c’est qu’une sensibilité accrue au corps est corrélée à une meilleure aptitude à ressentir le monde qui nous entoure avec empathie. Pour comprendre comment cela fonctionne, il faut d’abord faire un tour du côté des schémas corporels et des neurones miroir.

« La dissonance actuelle entre l’homme et la nature prend racine dans la déconnexion de l’homme avec son propre corps. Cette déconnexion, nous, en tant que culture, en avons hérité. Elle prend une ampleur telle que la plupart d’entre nous ne mesure même pas son degré d’insensibilité au corps. » – Simon Thakur

Schémas corporels et neurones miroir

Bien connus des neurosciences, de la psychologie et des sciences cognitives, les schémas corporels, comme ceux trouvés dans le cortex somato-sensitif, sont les parties de notre cerveau qui reçoivent une impulsion électrique lorsque nous ressentons physiquement quelque chose. On les appelle ‘schémas’ parce que la partie du cerveau qui réagit pour la main est proche de celui qui réagit pour le bras, etc. Si un scientifique stimulait électriquement ces parties spécifiques de notre cerveau, nous ressentirions les sensations dans les parties du corps correspondantes bien qu’elles ne soient elle-mêmes soumises à aucun stimuli.

La neuroplasticité désigne la capacité qu’ont le cerveau et le système nerveux à se reprogrammer en fonction de ce sur quoi on se concentre. Par exemple répéter la pratique d’une même posture contribue à créer plus de connexions neuronales dans les parties du cerveau associées au schéma corporel en question. Il y aura aussi génération d’un plus grand nombre de fibres nerveuses (le long des connexions) dans le système nerveux en relation avec les parties du corps concernées. Ainsi, par la répétition d’une action, nous recevons de plus en plus d’informations sur la subtilité d’exécution de cette action.

Les neurones miroir permettent de ressentir ce que ça fait de faire quelque chose juste en observant quelqu’un le faire. Si on observe une personne faire un signe de la main, près de 15% des neurones du schéma corporel associé à la main seront activés dans notre propre cerveau. On parle de l’étude de ces neurones miroir comme de la science de l’empathie humaine.

Le yoga et la biologie de la compassion

(…)

En pratiquant une activité comme le yoga, nous améliorons la précision neurologique du schéma corporel et du système nerveux entier. Nous ressentons l’intérieur de nous-mêmes avec une plus grande finesse.

 » Avec une conscience plus développée de nos propres processus internes, nous sommes plus à même de les lire chez autrui et ainsi de ressentir comment les autres se sentent. » – Simon Thakur

Nous sommes des animaux

L’élément le plus subtil de l’enseignement du Ancestral Movement est le constat que l’homme a exploré le mouvement physique comme une nécessité de survie depuis très longtemps. Simon Thakur part du principe qu’en mimiquant les animaux, nous avons pu comprendre notre environnement grâce au mécanisme de réponses des neurones miroir qui nous a fourni des informations vitales sur l’alimentation, la chasse et la nature.

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Image : reptilesmagazine.com

 

« Prenons l’exemple de la colonne vertébrale. En pratiquant des mouvements qui facilitent la mobilité des segments de la colonne vertébrale et lui permettent ainsi d’onduler librement plutôt que de rester mono-bloc, on favorise l’empathie. L’empathie en ce sens qu’à chaque fois que nous observerons une colonne vertébrale en mouvement ondulatoire, nous ressentirons ce mouvement à l’intérieur de nous-mêmes.
Les hommes ne sont pas les seuls à être dotés d’une colonne vertébrale ; les lézards et les poissons en ont une. Sans cette conscience subtile de notre colonne vertébrale et de sa capacité à entrer dans des mouvement ondulatoires, les parties de notre cortex associées à la colonne vertébrale ne seront jamais stimulés à la vue d’un lézard en mouvement. A l’inverse, si on pratique des mouvements ondulatoires en cultivant un accès sensoriel à l’axe central de notre corps, à la vue d’un lézard en marche, les parties de notre cerveau associées vont s’emballer et on reconnait alors le lézard en nous et la part de soi qui existe dans le lézard. » – Simon Thakur

NEUROSCIENCES, POSTURES DE YOGA ET EMPATHIE

2 réflexions sur “NEUROSCIENCES, POSTURES DE YOGA ET EMPATHIE

  1. Merci pour le partage d’articles toujours aussi pertinents. Concernant le phénomène des « neurones miroir », j’avais déjà remarqué que j’arrivais à pratiquer certaines postures (difficiles pour moi) avec plus d’aisance si avant d’entrer dans la posture, je regardais quelqu’un qui est à l’aise dans la posture la faire. Et justement hier, en écoutant une émission sur les secrets de la voix, j’ai compris que ce que j’avais remarqué était possible grâce aux neurones miroir… Quelle magie !

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