YOGINI INDOMPTABLE

La semaine dernière j’ai atteint un paroxysme de fatigue. Mon corps et mon cerveau me demandent du repos. Mais comme beaucoup de profs de yoga qui n’ont que le yoga comme source de revenus, je n’ai pas le choix. Matériellement, ma situation n’est pas brillante.

Mes symptômes d’épuisement? Je sais que j’étais épuisée parce que j’ai eu une montée de la fièvre, ma voix s’est enrouée, ma gorge me faisait mal et mes bobos endémiques se sont réveillés. Je dors bien et je mange sainement, je sais donc que ces manifestations sont chez moi un signe fort : il faut renverser la vapeur. Deux élèves bienveillantes ont remarqué l’état dans lequel je suis. L’une me dit : « J’imagine que tu utilises des huiles essentielles pour soigner ta fièvre » et l’autre me suggère vendredi soir après le cours : « Rentre chez toi te reposer ». Seulement rien de tout cela ne fait écho a ce que me dit mon corps. Mon corps lui se la joue David Bowie et me rabâche : « Let’s dance ».

Mon corps et moi nous discutons beaucoup. Lui et moi sommes super potes et je lui fais entièrement confiance. Et je sais que quand il dit : « Let’s dance », il veut vraiment dire « Allons danser ». Ce n’est pas une métaphore. Les symptômes de mon épuisement sont ce qu’ils sont, des symptômes. Mais viscéralement, organiquement, cellulairement, je sais que j’ai besoin de changer profondément les choses dans ma manière de vivre et quand mon corps me dit « Let’s dance » il m’invite à me défouler parce qu’à force de chercher mes réponses au mauvais endroit, rationnellement, je me perds.

Un signe. A la fin de cette semaine pendant laquelle le pic de fatigue s’installait, Mira animait une Yoga Trance Dance à Paris. Le Yoga Trance Dance est une création de Shiva Rea, ce n’est pas un cours mais 2h pendant lesquels on explore nos mouvements spontanés dans des postures de yoga, on est ensuite guidé dans des mouvements pour faire monter l’énergie. Le rythme et la musique s’accélèrent. Personnellement, j’adore. On a une session de Yoga Trance Dance à chaque formation avec Shiva Rea. Ca défoule, c’est ludique et ça fait se sentir vivant. Bref, je m’y suis précipitée après mon dernier cours de la semaine. Le conseil de rentrer chez moi pour me reposer ne m’a pas effleurée un seconde. Let’s dance. Il faut que je danse pour me retrouver.

La magie de la danse a opéré, la fièvre est passée, la gorge est apaisée. Je me suis ressourcée au parc le week-end. Lundi, mon mental me dit : « Tu vas mieux, mais la fatigue est bien là, pas de pratique posturale aujourd’hui. » Ok. Mais mon corps lui a toujours envie de danser, et sans que je m’en rende compte au début, mon corps m’aura fait pratiquer. Ma pratique ce jour-là aura été de jouer avec mon chat, des cavalcades dans l’appartement et des parties de cache-cache. Nécessairement, pour me cacher, j’en viens a me tapir près d’un meuble. Quand le chat m’a débusquée, je me redresse asur 4 pattes et là, une envie de prendre appui dans mes mains, tendre mes bras, basculer les épaules en avant monter le bassin très haut et l’enrouler. Ni une ni deux je monte dans adho mukha vrksasana (l’équilibre sur les mains). Sans avoir peur, ce qui pour moi est inhabituel. J’ai passé 10 minutes à expérimenter cette posture, relax, aux 4 coins de l’appartement entre deux poursuites avec Tal mon chat. Jamais auparavant je n’avais senti mes appuis dans cette posture aussi clairement, si évidents.

Mardi. La lecture que j’ai faite la veille m’a trottée dans la tête. J’avais relu le témoignage de Nancy Gilgoff sur l’enseignement classique du ashtanga sur le blog The Confluence Countdown et un passage en particulier a fait tilt. Le blogger cite Nancy qui dit que boire, se recoiffer, ou ajuster ses vêtements pendant la pratique sont le genre de choses qui peuvent causer les blessures parce qu’elles nous font respirer différemment, plus lentement ou pas assez profondément. Ces choses que nous faisons nous paraissent anodines, mais elles nous déconnectent. Au final, la respiration et la personne ne doivent faire qu’un de bout en bout. Ce qui m’a rappelé les propos qu’avait tenus John Scott lors de sa dernière venue à Paris sur l’enseignement classique d’ashtanga et de l’importance du décompte précis de vinyasas pour chaque posture. C’est l’essence même de cette pratique. Pendant une auto-pratique supervisée par John, il avait demandé aux pratiquants suivre les vinyasas originaux. Ce qui veut dire que pour rentrer dans la posture on suit le début de l’enchainement de suryanamskara A et pour en sortir, la fin. Et on répète cela pour toutes les postures. Mon corps a encore parlé et il m’a convaincue de pratiquer ce matin ma 2e série inspirée par Nancy et John. J’ai fait taire la voix qui me disait qu’il na fallait rien faire de mon corps, j’ai suivi le souffle, du mieux que j’ai pu je n’ai fait qu’un et j’ai senti l’énergie monter. Je me sentais de moins en moins fatiguée au fur et à mesure de ma pratique.

Enfin, je vois passer un fil sur Facebook. Le 6 mars dernier Shiva Rea a collaboré au Magazine Origin avec son article intitulé : ‘You were wild once (Tu étais sauvage autrefois). Elle y parle de la sagesse sauvage qui sommeille en nous ; de l’importance d’avoir accès a cette intelligence cellulaire et la richesse du mouvement spontané dans les postures de yoga. Elle évoque l’importance de préserver ce qu’il y a de sauvage dans notre monde en le cultivant en nous-mêmes. Et elle conclut par la puissante citation d’Isadora Duncan : « Tu étais sauvage autrefois, ne les laisse pas te dompter. »

Alors oui, je vais danser encore et encore, jouer avec mon chat en bondissant de pièce en pièce, me rouler dans l’herbe davantage maintenant que les beaux jours s’offrent à nous et continuer de faire entière confiance à la pulsation de l’intérieur. Je vais flairer le prana et retrouver ma trace. Je finirai mes pratiques journalières, le cheveu en bataille et le sourcil broussailleux. Mon corps reste mon meilleur conseiller et je ne laisserai ni les considérations matérielles, ni mes peurs me dompter.

Signé : une yogini indomptable

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YOGINI INDOMPTABLE

3 réflexions sur “YOGINI INDOMPTABLE

  1. aurelia dit :

    Belle réflexion! J” y crois beaucoup que ton chat peut t’aider a renouer avec ton toi “sauvage “simple et spontané “

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